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Actualités - Chronologie

Echos de guerre aux portes de la Macédoine

Setki Sinani emprunte les jumelles d’un journaliste, cligne des yeux sous le chaud soleil de midi et scrute le sommet d’une colline de l’autre côté de la frontière macédonienne avec le Kosovo. «Je sais qu’il y a des tranchées là-haut, je veux vérifier», dit-il. Il repère un objet rouge. Il est difficile de dire ce que c’est, mais cela vient sûrement de l’armée yougoslave ou de la police serbe. Jazince est le deuxième poste-frontière en importance avec le Kosovo, à 30 kilomètres au nord-ouest de Skopje. C’est un village peuplé d’Albanais au pied des monts Sar aux sommets encore enneigés. On pourrait se croire en Suisse, si ce n’était les appels à la prière depuis la mosquée et le constant écho des bombardements de l’Otan contre la Yougoslavie. «On entend beaucoup de bang-bangs», explique Sinani, un bénévole de la Croix-Rouge macédonienne qui passe ses journées à la frontière pour distribuer de la nourriture et de l’eau aux réfugiés – même si leur flot est désormais presque arrêté. Dans le ciel, on entend les chasseurs-bombardiers de l’Otan, mais on ne les voit pas. Si on attend assez longtemps, on peut entendre une bombe exploser, loin à l’intérieur côté kosovar. «Le courrier par avion», plaisante un observateur de l’OSCE qui passe régulièrement à Jazince voir ce qui s’y passe. La semaine dernière, raconte-t-il, deux A-10 ont survolé l’endroit, attaquant une cible au sol. Un missile sol-air a été tiré, ainsi que quelques tirs optimistes de Kalachnikov venus des gardes frontières serbes. Les A-10 n’ont pas été touchés. Peu de réfugiés ont traversé ici depuis la semaine dernière, quand les Macédoniens ont fermé la frontière puis que les Yougoslaves, semble-t-il, ont eux-mêmes empêché les Kosovars de sortir. D’une hauteur derrière le village, avec l’aide une nouvelle fois de jumelles, on peut voir un autre signe de la guerre, une batterie antiaérienne bien cachée, canons pointant d’un abri en terre. Derrière deux maisons, il y a un autre abri, cette fois en béton. Quelque 150 voitures sont abandonnées dans un champ, allant des vieilles Yugos à une Land Rover blanche. Portes et capots sont ouverts. Ce sont les voitures abandonnées par les réfugiés, dont les pièces ont été pillées. Toujours prêt pour des réfugiés qui n’arrivent plus, Sinani veille sur un petit stock de bouteilles d’eau et de rations d’urgence Mainstay 3 600 («prêt à l’emploi, plein de vitamines et de sels minéraux, approuvé par les garde-côtes américains»). Venue de l’hôpital proche de Tetovo, une grosse ambulance orange est garée sur le côté de la route. Elle pourra évacuer une victime de mines comme Sinani dit qu’il en arrive de temps en temps par les cols de la montagne. Espérant contre toute logique qu’un membre de sa famille se présente à Jazince, Mehmet, un réfugié qui vit maintenant à Skopje, attend. Il vivait près d’Urosevac, dans le sud du Kosovo. Il a l’air à la fois coupable et en colère. Alors qu’il se cachait dans les collines pendant les premières semaines du conflit – «Je me cachais parce que, vous savez, ils tuaient les hommes de mon âge» – des membres des milices des Tigres d’Arkan ont fait irruption dans sa maison. Donnez-nous de l’argent, ont-ils dit. Au lieu de quoi sa femme s’est évanouie. Alors ils ont coupé trois doigts à leur fils âgé d’un an et demi. C’était le mois dernier. La mère et l’enfant ont pu quitter le Kosovo et retrouver Mehmet, qui se demande comment conduire le bébé en Allemagne pour qu’il soit convenablement soigné. «Il pleure toutes les nuits», dit-il. «Il a besoin d’aide».
Setki Sinani emprunte les jumelles d’un journaliste, cligne des yeux sous le chaud soleil de midi et scrute le sommet d’une colline de l’autre côté de la frontière macédonienne avec le Kosovo. «Je sais qu’il y a des tranchées là-haut, je veux vérifier», dit-il. Il repère un objet rouge. Il est difficile de dire ce que c’est, mais cela vient sûrement de l’armée yougoslave ou de la police serbe. Jazince est le deuxième poste-frontière en importance avec le Kosovo, à 30 kilomètres au nord-ouest de Skopje. C’est un village peuplé d’Albanais au pied des monts Sar aux sommets encore enneigés. On pourrait se croire en Suisse, si ce n’était les appels à la prière depuis la mosquée et le constant écho des bombardements de l’Otan contre la Yougoslavie. «On entend beaucoup de bang-bangs», explique...