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Actualités - Chronologie

Coupe d'Asie 2000 Glorieuse incertitude

Depuis que la Fédération asiatique de football a eu l’heureuse inspiration de confier au Liban la lourde charge d’accueillir et d’organiser la Coupe d’Asie des Nations de l’an 2000, les spéculations vont bon train sur la capacité des Libanais à assumer cette responsabilité, surtout qu’avec le changement de gouvernement et de politique, les priorités en matière d’allocation de budgets risquent de ne plus être ce qu’elles étaient. Nous sommes en octobre 98. Le nouveau régime n’a pas encore fini de s’installer et tarde à accoucher d’un gouvernement. Pendant ce temps, le projet de Coupe d’Asie, lui, a pris forme et ils sont plusieurs centaines entre officiels appartenant aux différentes délégations et correspondants de presse à se retrouver à Adma dans le décor de l’hôtel Regency pour le tirage au sort des poules éliminatoires. La cérémonie, retransmise en direct, est bien ficelée et les Libanais, conscients de l’importance de l’événement et surtout de la hauteur de l’enjeu, ont mis les petits plats dans les grands. Même Sepp Blatter, qui n’a pas son pareil pour jongler avec les petites boules et les subtilités de tirages dirigés et semi-dirigés, n’aurait rien trouvé à redire. Quelque temps plus tard, le Liban a un nouveau gouvernement et celui-ci change radicalement de cap par rapport à son prédécesseur, surtout en ce qui concerne les dépenses publiques. Son credo : «Serrez-vous la ceinture». Dans ce contexte d’austérité généralisée, il était presque naturel de faire une croix sur la compétition, d’autant que pour souscrire au cahier des charges, il fallait débourser un bon paquet pour édifier des stades, surtout dans les villes de province puisque Beyrouth, entre-temps, avait profité des largesses du Cabinet Hariri pour s’en offrir un, olympique, en plus de la rénovation du terrain municipal de Tarik Jédidé. Comme de bien entendu, les rumeurs alimentées par le scepticisme ambiant ont commencé à ronger le bel édifice par la base. M. Beydoun, nouveau ministre de l’Éducation nationale, s’était empressé de confirmer la ferme intention de l’État d’honorer ses engagements, mais les tergiversations sur le choix des sites de Saïda et de Tripoli ne l’ont pas véritablement aidé dans sa louable entreprise. Au Nord comme au Sud, de sombres luttes d’influence, au sein desquelles des détracteurs malintentionnés n’ont pas le plus beau rôle, ont retardé de façon inadmissible le choix définitif des parcelles de terrain censées accueillir les nouveaux stades. Informée des hésitations libanaises, la Fédération asiatique dépêcha vite fait une délégation à la tête de laquelle se trouvait le vice-président de la Fédération asiatique lui-même, Assad Taqi. Après avoir fait la folklorique tournée des présidents, après s’être entretenu avec le ministre Beydoun et avoir visité les sites en question, Taqi se montra «optimiste surtout au vu des garanties présentées par les responsables libanais et du sérieux dans lequel se déroulent les travaux». Il eut vite fait d’ajouter que cette visite ne serait probablement pas la dernière et que d’autres inspections régulières devraient suivre dans les prochains mois, histoire de signifier à bon entendeur que la partie n’était pas encore définitivement gagnée. Ainsi, au bénéfice du doute, le Liban s’est vu accorder un nouveau sursis et M. Beydoun s’attacha à transformer le discours «langue de bois» de l’officiel asiatique en triomphe national : «Je voudrais rassurer les peuples libanais et arabe que la Coupe d’Asie aura lieu à la date prévue et ce qui s’est passé aujourd’hui (la semaine dernière) confirme la ferme volonté du Liban à accueillir ce tournoi. Nous savons tous combien de fois les présidents Lahoud et Hoss avaient assuré que la compétiton aurait bien lieu et que cela ne faisait pas l’ombre d’un doute. La délégation asiatique a visité les chantiers de Saïda et de Tripoli et, d’après ce que j’ai senti, je peux affirmer que les Asiatiques sont confiants». Et le ministre de poursuivre : «Une mission importante nous attend et, dans tous les registres, il nous reste beaucoup de travail à accomplir. Mais nous relèverons le défi dans l’intérêt du Liban». À l’heure donc où les chantiers semblent aller bon train, le voile ne s’est donc pas encore complètement levé sur l’avenir de ce tournoi. Ce qui est pourtant acquis, c’est que le Liban n’a pas du tout intérêt à se planter et les responsables en sont conscients, qui multiplient les garanties et les assurances. À une époque où ce genre de manifestations internationales ont acquis une importance plus économique que sportive, il s’agira de tirer profit, dans tous les sens du terme, de cette opportunité afin de confirmer le sort dans son rôle d’industrie productive. Il ne faudrait pas oublier non plus que cela est une arme à double tranchant. Un échec ou, ce qui serait autrement plus grave, un désistement de dernière minute, mettrait définitivement le Liban au ban des nations en matière de sport international. Une déroute sportive, elle, serait une pilule amère mais «avalable». En effet, si les interrogations relatives aux infrastructures d’accueil ont été partiellement levées, il n’en demeure pas moins que le côté football demeure tout aussi nébuleux. La sélection nationale libanaise reste un sérieux motif d’inquiétude. Ses dernières sorties sont loin d’être rassurantes, et toutes les garanties ministérielles et tous les budgets du monde n’y peuvent rien. D’ordinaire, le pays hôte est qualifié d’office et envisage cette disposition comme une bonne nouvelle. Dans notre cas précis, cela risque d’être tout le contraire. Y en a qui seraient presque soulagés si les stades n’étaient pas terminés à temps. Ainsi, entre des Libanais de bonne foi et des Asiatiques polis mais incrédules, nous ne sommes pas encore complètement fixés, et cela s’appelle la glorieuse incertitude du sport.
Depuis que la Fédération asiatique de football a eu l’heureuse inspiration de confier au Liban la lourde charge d’accueillir et d’organiser la Coupe d’Asie des Nations de l’an 2000, les spéculations vont bon train sur la capacité des Libanais à assumer cette responsabilité, surtout qu’avec le changement de gouvernement et de politique, les priorités en matière d’allocation de budgets risquent de ne plus être ce qu’elles étaient. Nous sommes en octobre 98. Le nouveau régime n’a pas encore fini de s’installer et tarde à accoucher d’un gouvernement. Pendant ce temps, le projet de Coupe d’Asie, lui, a pris forme et ils sont plusieurs centaines entre officiels appartenant aux différentes délégations et correspondants de presse à se retrouver à Adma dans le décor de l’hôtel Regency pour le tirage au...