«Yoooo-hi... Haï!» (Prêt... Tournez!). Les plateaux de cinéma japonais ont retrouvé la voix forte d’un de leurs maîtres, Nagisa Oshima, de retour derrière la caméra après treize ans d’absence, avec une épopée de samouraïs pleine de fureur et de jalousie. Le réalisateur pousse son cri rauque. Le silence s’installe. La poussière s’envole et les samouraïs, tout de noir vêtus, sabres à la ceinture, le visage fermé, traversent Kyoto. Apeurés, les habitants baissent la tête. Gohatto (Hors-la-loi) se déroule en 1865. Le Japon vit des heures tourmentées, au bord de la guerre civile. Un clan de samouraïs sans chef, le Shinsen-gumi, combat sans pitié les contre-révolutionnaires à Kyoto, la capitale. Grâce à leur talent de sabreur, Kano, 16 ans, d’«une beauté extraordinaire», et Tashiro gagnent leur place dans le clan. «Kano et Tashiro partagent la même chambre. Tashiro est captivé par Kano dès leur première nuit ensemble», raconte le synopsis de Gohatto. Un autre samouraï tombe amoureux de Kano qui, lui-même, aime secrètement un de ses aînés. Le sabre arbitrera ces jalousies. Attaque cérébrale «C’est une histoire d’hommes exceptionnels», résume Oshima. La complexité des rapports humains se retrouve ainsi une nouvelle fois au cœur de son œuvre, comme dans ses films les plus célèbres : «L’empire des sens», l’un des chocs du festival de Cannes de 1976, ou Furyo (1983), qui relate un autre drame d’hommes entre eux, dans un camp de prisonniers. Dans Gohatto, l’homosexualité n’est pas honteuse ou tabou. «À cette époque, où les hommes vivaient en clan, elle était considérée comme naturelle, allant de soi», explique un conseiller du réalisateur. Le nom d’Oshima avait disparu des salles noires depuis 1986 et le tournage en France de Max mon amour, avec Charlotte Rampling et un chimpanzé. «J’en avais un peu assez du cinéma japonais». Il ne reste pas cependant pas inactif puisqu’il participe à de nombreux débats à la télévision japonaise, écrit et tourne des documentaires sur le cinéma et Kyoto, sa ville natale. En 1996, une violente attaque cérébrale le laisse en partie paralysé et retarde son grand retour. «J’ai cru que je ne pourrai plus jamais tourner. Des amis m’ont aidé à sortir du tunnel», témoigne-t-il. Nagisa Oshima ne cache pas que Gohatto, son premier film de samouraïs, est une œuvre ambitieuse, qu’il «portait» depuis une vingtaine d’années. «J’ai attaché une grande importance au casting car je voulais des acteurs différents, qui aient une véritable présence», indique-t-il. Il sélectionne donc ses samouraïs parmi les acteurs de cabarets, plus typés, mais aussi parmi ses collègues réalisateurs, comme les célèbres Yoichi Sai et Kitano Takeshi, l’auteur de Hana-Bi, déjà présent dans Furyo. Kano, le héros aux traits fins et aux yeux durs, est joué par Ryuhei Matsuda, 16 ans, fils de Yusaku Matsuda, un grand acteur aujourd’hui décédé. «Malgré son inexpérience, j’ai toute confiance en lui», assure Oshima. Tourné à Kyoto, en studio et décors extérieurs, le film devrait être terminé en juillet pour sortir à la fin de l’année au Japon. D’un coût prévu de 900 millions de yens (6,9 millions d’euros), il est coproduit par le japonais Shochiku et les français Canal + et BAC Films.
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