L’Otan a reconnu avoir pris l’ambassade de Chine à Belgrade pour un bâtiment officiel yougoslave programmé comme cible de ses bombardements de la nuit, mais redoute maintenant les conséquences politiques de cette «tragique erreur». L’embarras était perceptible tout au long de la journée au siège de l’Alliance à Bruxelles où une réunion du Conseil des ambassadeurs des pays membres a été convoquée d’urgence pour arrêter les explications à fournir. Le secrétaire général de l’Otan, l’Espagnol Javier Solana, est ensuite venu présenter officiellement les excuses et les regrets des pays de l’Alliance au cours d’une conférence de presse à laquelle ont exceptionnellement assisté de nombreux représentants des médias chinois. Trois Chinois ont trouvé la mort dans le bombardement, un quatrième est porté disparu et plusieurs autres ont été blessés, selon le dernier bilan chinois. «Le bombardement de l’ambassade de Chine est une très regrettable erreur», a déclaré Javier Solana. «Nous étudions les circonstances de cet accident et nous rendrons publique toute nouvelle information le plus rapidement possible», a-t-il annoncé. Le porte-parole de l’Otan, Jamie Shea, avait expliqué quelques heures plus tôt que l’ambassade de Chine a été prise pour cible par erreur, car confondue avec un autre bâtiment programmé pour les bombardements de la nuit. «Nous n’avons pas bombardé délibérément» l’ambassade, avait-il assuré. «Nous avons bombardé le mauvais bâtiment. La cible visée était l’immeuble abritant la Direction fédérale de l’armement», avait-il précisé. «Les deux bâtiments sont proches l’un de l’autre», avait-il ajouté. Le commandement suprême de l’Otan, dirigé par le général américain Wesley Clark, responsable de l’opération «Force Alliée», est sur la sellette, car c’est lui qui détermine les objectifs assignés aux avions engagés dans les raids. De nombreuses zones d’ombre demeurent sur les circonstances ayant conduit à cette erreur. L’ambassade a été touchée par des «munitions guidées», a simplement indiqué Jamie Shea, sans préciser le type d’engin utilisé. Quelque peu bousculé, le porte-parole militaire de l’Otan, le général allemand Walter Jertz, a assuré que l’Organisation avait de «bonnes sources de renseignement et savait où se trouvait l’ambassade de Chine à Belgrade». «Selon nos informations, le bâtiment (visé) était le siège de la Direction fédérale de l’armement», a-t-il déclaré, précisant que le bombardement avait été effectué «par un avion». Malgré cette nouvelle bavure – la huitième depuis le début de l’opération le 24 mars et la seconde en quelques heures après la chute d’une bombe à fragmentation en plein jour vendredi dans le centre-ville de Nis (sud-est) faisant au moins 15 morts et 70 blessés –, l’Otan entend poursuivre ses opérations. «L’Alliance n’arrêtera ses bombardements qu’une fois que Belgrade aura accepté de manière irrévocable les cinq conditions fixées pour un règlement pacifique du conflit», a affirmé Javier Solana. L’Otan va toutefois devoir tenir compte des réactions très violentes de Pékin et de Moscou, deux pays hostiles aux bombardements. La Chine a dénoncé la destruction de son ambassade comme un «acte barbare» et a rejeté les explications de l’Otan. Le président russe Boris Eltsine a pour sa part appelé les pays de l’Otan à «mettre fin à l’effusion de sang» en arrêtant les frappes en Yougoslavie. Le chef de la diplomatie russe Igor Ivanov a téléphoné à son homologue chinois Tang Jiaxuan et les deux ministres se sont entendus pour demander d’une seule voix «l’arrêt immédiat des frappes de l’Otan sur la Yougoslavie», a indiqué le porte-parole du ministère russe cité par l’agence Interfax. La Chine a saisi samedi le Conseil de sécurité des Nations unies et une nouvelle réunion de cette instance est prévue lundi. Les dégâts politiques de cette erreur pourraient être dévastateurs sur le processus engagé jeudi lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères des sept puissances industrielles et de la Russie à Bonn. Un accord a en effet été trouvé avec Moscou sur l’élaboration d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies fixant le mandat de «présences internationales civiles et de sécurité» au Kosovo une fois le conflit terminé. Javier Solana a exprimé le souhait que la «tragique erreur» de l’Otan ne «détourne pas les efforts diplomatiques en cours» pour trouver une issue au conflit avec Belgrade.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Otan a reconnu avoir pris l’ambassade de Chine à Belgrade pour un bâtiment officiel yougoslave programmé comme cible de ses bombardements de la nuit, mais redoute maintenant les conséquences politiques de cette «tragique erreur». L’embarras était perceptible tout au long de la journée au siège de l’Alliance à Bruxelles où une réunion du Conseil des ambassadeurs des pays membres a été convoquée d’urgence pour arrêter les explications à fournir. Le secrétaire général de l’Otan, l’Espagnol Javier Solana, est ensuite venu présenter officiellement les excuses et les regrets des pays de l’Alliance au cours d’une conférence de presse à laquelle ont exceptionnellement assisté de nombreux représentants des médias chinois. Trois Chinois ont trouvé la mort dans le bombardement, un quatrième est...