Est-ce un mythe ou une réalité? Que recouvre le conept de handicap? Quelle différence y a-t-il entre l’insertion, l’adaptation et l’intégration? Autant de questions auxquelles nous essayerons de répondre avec Mlle Danielle Matar Karam, assistante sociale et responsable des études à l’École libanaise de formation sociale de la FLSH de l’USJ. «L’évolution du concept de handicap présage, en partie un changement profond des pratiques ainsi que l’émergence d’une nouvelle problématique de l’intégration», souligne Mlle Karam. En effet, dit-elle, «le démembrement du concept a favorisé une nouvelle conception du besoin d’aide qui n’est plus abordé comme la conséquence spécifique d’une maladie mais d’une situation sociale». Nous sommes face à trois «situations»: une «déficience» dont les conséquences organiques nécessitent des mesures thérapeutiques, une «incapacité» nécessitant des mesures de rééducation et de réadaptation fonctionnelle et professionnelle; le «handicap» ou l’impossibilité de remplir le rôle social, partiellement ou totalement. S’il est possible de définir les différences conceptuelles entre l’insertion, l’adaptation et l’intégration, l’implication du handicapé dans la société ne semble pas relever de l’utopie. Intégration? Oui, mais «l’intervention devrait se faire d’une manière globale au niveau de l’environnement et non seulement de l’individu». Mlle Karam insiste sur le droit de vivre, car «si la déficience engendre des insuffisances, des limites au comportement et aux possibilités, les personnes handicapées ont le désir et aussi le droit de vivre pleinement et de s’épanouir avec les autres et au milieu des autres». Il faut donc un placement «en milieu ordinaire où la personne déficiente peut développer sa personnalité et faire accepter sa différence». Il s’agit en fait d’une adaptation réciproque de la personne et du milieu... Il s’agit de «préciser que l’intégration est un moyen et non une fin en soi, elle favorise l’autonomie individuelle, l’accès au monde du travail et la participation sociale». Elle implique que «la différence prenne culturellement valeur au lieu de constituer un handicap de relation et, si l’intégration est essentielle pour le développement humain de la personne déficiente et favorise une meilleure participation à la vie quotidienne, on ne peut pas pour autant s’empêcher de se demander dans quelle mesure elle est possbile et pour autant s’empêcher de se demander das quelle mesure elle est possible et pour qui elle l’est». En d’autres termes, est-ce que l’intégration est un mythe ou une réalité? L’approche à l’égard des personnes en situation de déficience s’est beaucoup modifiée: de la réclusion dans les hopitaux psychiatriques ou les prison, à l’institutionnalisation ségrégative dans les centres spécialisés, isolés, de grande dimension, à la désinstitutionnalisation, puis à la pratique de l’intégration. Cette intégration est-elle réalisable? Et de quelle intégration parlons-nous? Familiale, scolaire, professionnelle, sociale. Qui intègrerons-nous? Des personnes? Des institutions? Est-ce possible pour des mini-sociétés handicapées? Et comment allons-nous procéder? Placer tous les enfants en classe régulière? Assurer un logement individuel et une profession à chacun? Autant de questions qui dévoilent l’ampleur du problème et les innombrables barrières visibles ou invisibles qui «entravent la participation sociale des personnes handicapées». «Mais, reconnaît Mlle karam, il n’y a pas une seule et unique façon d’intégrer, un seul et unique niveau d’intégration, un seul moyen d’intégrer... sinon l’intégration serait un mythe. Il ne faut pas tomber dans ce nouveau mythe où l’intégration est réalisable pour tous; ni tomber dans le mythe ancien de la ségrégation, sans jamais envisager les tranformations possibles au niveau des structures ordinaires.. L’intégration est réalisée en enrayant les barrières visibles et invisibles (attitudes, perceptions, stimatisation) et en faisant de sorte que les différences soient reconnues comme un élément indissociable de la réalité sociale... L’intégration n’est donc pas un mythe quoi qu’elle soit difficile à réaliser. Comme concept, elle doit être fondée sur une base théorique la plus adaptée aujourd’hui semble être celle du principe de normalisation». Né en 1960, dans les pays scandinaves, ce concept de «normalisation» prend en compte la spécificité de chaque «culture», sans connotation «morale», et la possibilité pour la personne concernée de bénéficier d’un «rythme de vie quotidien, hebdomadaire et annuel régulier» et d’avoir l’opportunité de vivre des expériences développementales en concordance avec les cycles de vie: l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. Elle ne prétend nullement rendre «les gens normaux», elle «équivaut à l’acceptation des personnes avec leur handicap au sein de la société “normale” en leur octroyant les mêmes droits, les mêmes responsabilités et les mêmes possibilités qu’aux autres». Au-delà de la «simple intégration physique», les interactions sociales doivent être impliquées pour donner à l’intégration toute sa signification.
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