L’Onu a pris officiellement en main lundi le sort du Timor-Oriental, mais cette opération d’une ampleur sans précédent ces dernières années est un énorme défi pour l’organisation. La composition et la direction de la future force de maintien de la paix de 9 000 hommes, et le financement des activités civiles étaient les deux soucis majeurs des responsables de l’Onu. C’est «un important défi» pour l’Onu, a dit le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan, quelques minutes à peine après que le Conseil de sécurité eut donné son feu vert à l’Administration des Nations unies au Timor-Oriental (UNTAET). Le coût de cette opération dépassera un milliard de dollars par an, a dit le responsable des opérations de maintien de la paix à l’Onu, le Français Bernard Miyet. Cette mission est «l’une des plus coûteuses et des plus importantes opérations de maintien de la paix conduites par l’Onu depuis le Cambodge» en 1992, a-t-il souligné. L’Onu alors avait mis sur pied une autorité provisoire chargée de préparer les élections et y avait déployé 16 000 Casques bleus. Le responsable de l’Onu a indiqué que les Casques bleus au Timor prendraient le relais dans «deux à quatre mois» de la force multinationale Interfet dirigée par l’Australie. Mais, pour le moment, ni la composition ni la direction de la future force n’ont été décidées. «Nous essayons d’obtenir la participation du maximum de pays d’Asie», a indiqué M. Miyet. Les pays de la région réclament que la nouvelle force soit à dominante asiatique avec un commandant asiatique. Actuellement, la Thaïlande exerce le commandement en second de l’Interfet. La Malaisie, qui est membre du Conseil de sécurité, a fait part lundi de «sa ferme volonté» de contribuer à la force onusienne. Mais les Est-Timorais disent ne pas faire confiance à un pays asiatique pour diriger la force, craignant que celle-ci soit trop complaisante avec l’Indonésie dont les milices et l’armée ont dévasté le territoire. M. Miyet a indiqué que le dirigeant timorais Xanana Gusmao serait consulté sur la nomination du chef de la force. Il a aussi laissé entendre que l’Onu devrait se tourner vers les Occidentaux pour fournir des troupes qualifiées. «S’il n’y avait que de l’infanterie, cela serait simple, mais nous avons aussi besoin d’ingénieurs, de communications, d’installations logistiques». Le principal problème est peut-être financier. Les Casques bleus, les 1 620 policiers et le personnel civil de l’UNTAET seront payés par le budget des opérations de maintien de la paix. Mais ce budget accuse déjà cette année un déficit de 1,8 milliard de dollars, dont 60 % sont dus par les États-Unis qui refusent de régler leurs arriérés. En revanche, pour financer la reconstruction du territoire où tout est à faire, l’Onu va devoir compter sur la générosité des États membres et a institué pour cela un fonds d’affectation spéciale. Le Japon a déjà contribué pour 100 millions de dollars à ce fonds qui doit servir à reconstruire les infrastructures et les services et à payer les fonctionnaires locaux. Kofi Annan a rappelé la semaine dernière que «les ressources financières devaient être données promptement. Car c’est au tout début qu’une mission réussit ou échoue». Mais, le plus souvent, les caisses de ces fonds spéciaux restent pratiquement vides, comme c’est le cas pour le Kosovo et pour des opérations en Afrique.
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