Mohammad Khatami entame mercredi une visite à hauts risques politiques en France, la première d’un président iranien depuis la révolution islamique de 1979, dont il attend consécration internationale et soutien à sa politique d’ouverture. Cette visite du président réformateur, reportée une première fois en avril pour cause de «vin à table», et annoncée tardivement par Paris, vendredi, montre l’importance qu’attache l’Iran à ses relations spécifiques avec Paris et avec l’Union européenne (UE), alors qu’il refuse toujours catégoriquement toute normalisation avec Washington. Mais elle s’annonce très périlleuse en raison de la volonté de Paris d’évoquer des sujets sensibles, relevant selon Téhéran de ses «affaires intérieures», dont la question des 13 juifs de Chiraz (sud de l’Iran) accusés d’espionnage pour Israël, mais aussi en raison de la mobilisation annoncée des opposants des «Moudjahidine du peuple», considérés comme «terroristes» par Téhéran, pendant la visite. Ce voyage est aussi un risque pour le président iranien, pour des considérations essentiellement internes, aucun «faux-pas» ne lui étant permis à moins de quatre mois des élections législatives où ses partisans réformateurs tenteront de prendre le bastion du Parlement, le Majlis, aux conservateurs, arc-boutés sur leur pouvoir, toujours très fort, notamment dans le domaine judiciaire. Le jour de l’arrivée à Paris de M. Khatami sera précisément celui où son principal lieutenant politique, l’ancien ministre de l’Intérieur Abdollah Nouri, doit comparaître devant un tribunal du clergé pour «propagande contre la République islamique», en tant que directeur du quotidien Khordad. Les conservateurs, sans être hostiles au principe de la visite, n’ont eu de cesse d’en critiquer les conditions, selon eux, «imposées» par Paris. Le fait que cette visite coïncide avec un discours, le 28 octobre, à l’Unesco est présenté comme «humiliant». «On ne sait pas qui nous a invités. Est-ce Chirac ? Est-ce l’Unesco ? Est-ce une visite à Paris en marge d’une visite à l’Unesco, ou une visite à l’Unesco en marge d’une visite officielle à l’Élysée ?», écrivait le journal Ressalat, avant que le déplacement de M. Khatami ne soit annoncé officiellement vendredi à Paris et à Téhéran. Retour de l’Iran sur la scène internationale Cette visite doit marquer néanmoins le grand retour de l’Iran sur la scène internationale, ébauché déjà avec la visite de M. Khatami à Rome en mars dernier par une rencontre très cordiale avec le pape Jean-Paul II, et quelques semaines après la venue à Téhéran des chefs d’État de deux pays de l’UE, l’Autrichien Thomas Klestil et le Grec Costis Stephanopoulos, alors qu’aucun président de l’UE n’avait visité Téhéran depuis plus de vingt ans. «Ce n’est nullement une visite escamotée. L’Iran considère la France comme un pilier de l’UE vers lequel il tourne délibérément sa politique», explique l’ambassadeur de France Philippe de Suremain. «Dans ce cadre-là, l’Iran apprécie la France pour l’indépendance de sa diplomatie sur les dossiers délicats comme le Moyen-Orient, et Téhéran sait le rôle actif joué par Paris pour une reprise du dialogue» entre l’UE et l’Iran. «Pour la France, l’Iran a un rôle important à jouer et contribue à la stabilisation de la région» du Moyen-Orient, affirme le diplomate. «Cette visite consacre une évolution amorcée par Khatami : une politique d’ouverture à l’intérieur et à l’extérieur. Elle renforce sa vision au plan international», ajoute-t-il. «Au plan intérieur, si le président Khatami en tire bénéfice, c’est l’Iran qui en aura avantage. Il est de l’intérêt général que ce courant réformiste l’emporte, car il est porteur de valeurs convergentes avec les nôtres», a ajouté l’ambassadeur.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Mohammad Khatami entame mercredi une visite à hauts risques politiques en France, la première d’un président iranien depuis la révolution islamique de 1979, dont il attend consécration internationale et soutien à sa politique d’ouverture. Cette visite du président réformateur, reportée une première fois en avril pour cause de «vin à table», et annoncée tardivement par Paris, vendredi, montre l’importance qu’attache l’Iran à ses relations spécifiques avec Paris et avec l’Union européenne (UE), alors qu’il refuse toujours catégoriquement toute normalisation avec Washington. Mais elle s’annonce très périlleuse en raison de la volonté de Paris d’évoquer des sujets sensibles, relevant selon Téhéran de ses «affaires intérieures», dont la question des 13 juifs de Chiraz (sud de l’Iran) accusés...