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Actualités - Opinion

Affaire Awad : un étrange silence

La classe politique d’habitude si prompte à réagir à l’ouverture d’une enquête judiciaire garde un silence total sur l’affaire. Au point que l’on pourrait presque oublier l’incident. Ce n’est pourtant pas tous les jours qu’un chauffeur d’autobus (une engeance dont la plupart des conducteurs «normaux» ont eu à souffrir un jour) se fait corriger, et même blesser par les gardes du corps d’un député qui encourageait ses hommes à y aller encore plus fort. Il est vrai que M. Mahmoud Awad (puisque c’est de lui qu’il s’agit) était pressé de se rendre au Parlement pour y tenir son rôle de représentant du peuple et, par conséquent, il estimait avoir un droit de passage prioritaire, à gauche ou à droite qu’importe, l’importance de sa mission justifiant quelques écarts au code de la route. Le jour où s’est produit l’incident, la presse s’en est largement fait l’écho. Et nous avons pu nous délecter de témoignages sur le vif, racontant comment le Dr Awad (il dirige un centre de réhabilitation sexuelle) a enjoint à ses gardes du corps de tuer le chauffeur qui refusait de les laisser passer. Mais depuis, il n’y a plus eu que de simples entrefilets, aussi discrets que possible, pour ne pas «influer sur le cours de l’enquête». Le fait que deux des gardes du corps (naturellement de la famille Awad) se soient évaporés ne semble déranger personne et nul ne se demande si le député les a encouragés à plier bagage afin de les protéger de la justice… De même, le fait que M. Awad ait demandé à ses gardes du corps «de tuer le chauffeur» ne choque pas non plus ses compagnons au sein de l’hémicycle, puisque aucun d’eux n’a songé à dénoncer cette incitation flagrante au meurtre, pourtant sévèrement punie par la loi. Personne non plus n’a commenté la conférence de presse du même député accusant le chauffeur d’avoir voulu attenter à ses jours en lui refusant le droit de passage... alors que ses hommes ont tiré sur l’autobus (les chaînes de télévision ont longuement montré les traces de balles sur la carcasse du véhicule) sans tenir compte de la présence des passagers, de simples travailleurs choisissant le moyen de transport le moins cher. Il fallait d’ailleurs les voir complètement pétrifiés, derrière les fenêtres ouvertes, essayant de se faire oublier pour qu’à défaut d’obtenir le respect, ils puissent au moins garder la vie. Naturellement, si à la place d’un chauffeur d’autobus, les hommes du Dr Awad avaient eu affaire à une grosse limousine, ils auraient réagi différemment. Mais si maintenant les chauffeurs d’autobus veulent faire la loi et passer avant les députés où va le pays ? Voilà ce que doit se dire le Dr Awad qui ne comprend sans doute pas qu’on puisse critiquer sa réaction. Mais ce que nous ne comprenons pas, nous autres, c’est que sur les 127 autres membres du Parlement, il ne s’en soit pas trouvé un pour dénoncer ce genre d’exactions. La justice au Liban n’existerait-elle que pour protéger les puissants ? Un sujet que les députés et les autres feraient bien de méditer.
La classe politique d’habitude si prompte à réagir à l’ouverture d’une enquête judiciaire garde un silence total sur l’affaire. Au point que l’on pourrait presque oublier l’incident. Ce n’est pourtant pas tous les jours qu’un chauffeur d’autobus (une engeance dont la plupart des conducteurs «normaux» ont eu à souffrir un jour) se fait corriger, et même blesser par les gardes du corps d’un député qui encourageait ses hommes à y aller encore plus fort. Il est vrai que M. Mahmoud Awad (puisque c’est de lui qu’il s’agit) était pressé de se rendre au Parlement pour y tenir son rôle de représentant du peuple et, par conséquent, il estimait avoir un droit de passage prioritaire, à gauche ou à droite qu’importe, l’importance de sa mission justifiant quelques écarts au code de la route. Le jour où...