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Actualités - Reportages

Violon d'Ingres... Paul Salem : philosophe et troubadour(photo)

Il a les yeux bleus d’un grand rêveur sur lesquels sont venus se déposer tous les bleus de l’horizon, un regard infini presque enfermé derrière des lunettes qui briseraient son envol. Paul Salem ressemble à l’idéaliste pragmatique qu’il est, un philosophe politicien et un poète musicien. Il ressemble aussi à ses mélodies, douces et froides en même temps. Étrange, ce rendez-vous avec une voix, venue bercée des solitudes. Troublante, la rencontre conventionnelle du troubadour dans un bureau rigide, soulignant encore plus la contradiction, ou la complémentarité entre ces deux activités animées par une même «philosophie» et des expériences personnelles. À 38 ans, Paul Salem semble avoir déjà vécu plusieurs vies, y semant à chaque fois un petit morceau de son âme. Sa première vie remonte à son enfance, vie privée et bonheurs familiaux. La seconde a démarré aux États-Unis, plus particulièrement à Harvard, où il vécut de 1980 à 1987, décrochant une licence en philosophie et un doctorat en philosophie politique. «La philosophie politique, précise-t-il, remonte à Platon, c’est une tradition plus ancienne que les sciences politiques. Elle relie les valeurs et la vie politique». Dans le mot philosophie résonne, comme en écho, le mot poésie. Une sensibilité que Paul développera dans la musique, «une échappatoire qui a rempli ma vie durant les années de guerre» transformant les abris, cellules témoins des longues journées d’attente, en clubs de jazz. Une passion enseignée tôt, réapprise, approfondie aux USA, durant deux années, avec des cours de composition, de chant classique et de piano-jazz. Retour au pays et départ d’une troisième existence. Professeur, Paul enseigne à l’AUB sa matière de prédilection, la philosophie politique. En 1989, il fonde le Centre libanais pour les études politiques dont il sera le directeur. «Nous y accomplissons des études politiques et économiques, sur tous les sujets qui concernent l’intérêt public, les dettes, les taxes, le chômage, le commerce avec l’extérieur, les élections». En parlant, le musicien a instantanément endossé les mots techniques qui font taire un moment la musique résonnant encore dans un coin de nos esprits. La musique, une vie publique Le bureau et ses quatre murs trouvent enfin leur justification. «Ce domaine est très important pour moi, car je sens que si l’État, la citoyenneté et la vie politique fonctionnent convenablement, tous les autres problèmes se régleront presque naturellement, la vie des Libanais, l’environnement, la santé, la pauvreté». Paul Salem sent, en même temps qu’il pense, qu’il agit, qu’il compose. Ce mot, souvent utilisé, semble le mener partout où il veut et peut aller, et jusqu’à la Fondation Pharès dont il est récemment devenu directeur. Dans une autre vie, encore une, il a eu le temps de rédiger de nombreux ouvrages politiques et économiques, sur tous ces thèmes qui lui tiennent à cœur. Un cœur qui bat au rythme d’un pays en attente. Un cœur qui bat également au rythme d’une musique choisie, adaptée ou composée. Sur des mots empruntés à de grands poètes ou à des moments de vies. Toutes ces vies qui ont vu s’épanouir son talent. Le philosophe politique, devenu presque timide, abandonne son costume abstrait de professeur et de directeur, saisissant une guitare fictive, pour nous parler de sa vie actuelle. La musique revient, inonde la pièce d’une ambiance chaleureuse. Paul a composé de nombreuses musiques de films télévisés et publicitaires, maniant la guitare, le piano et le bouzouk, donnant ainsi à ces rythmes de jazz une touche orientale plus sensuelle. En 1998, il offre à celui qui veut l’entendre son premier CD, intitulé Smaa (Écoute !). Une invitation à partager des moments d’émotions, morceaux choisis pour des instants privilégiés. Sa musique parle de la guerre, de l’amour, du temps et de l’absence. «J’ai aimé cette communication franche et très personnelle avec des gens que je ne connaissais pas. J’ai peut-être réussi à exprimer quelque chose que j’ai ressenti et qu’ils ont éprouvé. J’ai fait ce CD parce que j’avais un message à offrir, une expérience que j’ai eu envie de mettre en musique et de communiquer par le biais de la musique». Des airs de jazz oriental, mêlant violon, nay, flûte, piano, batterie et guitare. «La musique arabe a du beau et du bon, mais très peu de chansons expriment des sentiments précis, avec une franchise précise. Certaines sont commerciales, d’autres classiques, il fallait sans doute combler un vide, créer une approche nouvelle et attaquer des sujets d’actualité, parler de la guerre, par exemple». Shbat, la première chanson de son CD, démarre par une explosion, musique quotidienne qui a gardé ses traces dans l’esprit de beaucoup. La voix de Paul s’installe en douceur dans certaines mélodies, textes murmurés plus que chantés, confidences : «Je ne suis pas chanteur, mais ce que j’ai écrit est vrai, ce sont des sentiments réels. Comment un autre que moi, qui n’a pas ressenti ces mêmes émotions, pourrait-il les dire ?». Et les dire si bien. La porte du bureau froid se referme sur tous ces mots, une voix presque familière et l’on part rejoindre, impatients, l’autre voix, celle du musicien, pour d’autres moments-morceaux choisis.
Il a les yeux bleus d’un grand rêveur sur lesquels sont venus se déposer tous les bleus de l’horizon, un regard infini presque enfermé derrière des lunettes qui briseraient son envol. Paul Salem ressemble à l’idéaliste pragmatique qu’il est, un philosophe politicien et un poète musicien. Il ressemble aussi à ses mélodies, douces et froides en même temps. Étrange, ce rendez-vous avec une voix, venue bercée des solitudes. Troublante, la rencontre conventionnelle du troubadour dans un bureau rigide, soulignant encore plus la contradiction, ou la complémentarité entre ces deux activités animées par une même «philosophie» et des expériences personnelles. À 38 ans, Paul Salem semble avoir déjà vécu plusieurs vies, y semant à chaque fois un petit morceau de son âme. Sa première vie remonte à son enfance, vie...