Ténosynovite, épicondylite, épitrochléite... Des termes apocryphes qui désignent des pathologies professionnelles appelées à se multiplier. C’est là, en effet, quelques noms des multiples avatars faisant partie des TMS, c’est-à-dire des troubles musculo-squelettiques, complétés par les affections péri-articulaires, qui résultent des gestes répétitifs. Il ne s’agit pas de maladies neuves mais des conséquences de la productivité, de l’accélération de ses cadences et de l’allure de plus en plus effrénée qui force à la répétition régulière et rapide des mêmes mouvements dans la vie professionnelle. Dans le temps, le syndrome du canal carpien ou celui de la loge de Guyon était réservé aux grands noms du clavier ou des courts de tennis. Il en était de même pour quelques dactylos qui tapaient à main levée sur les vieux claviers de machines à écrire qui, eux toutefois, épargnaient, tant soit peu, le poignet... Précisons que les plus graves et les plus nombreux ravages des TMS s’observent dans les ateliers et les usines, sans épargner toutefois le secteur tertiaire, où d’énormes contraintes articulaires s’exercent et se manifestent au niveau du carpe et du métacarpe. Depuis bientôt une vingtaine d’années, les États-Unis, l’Australie, la Suède et d’autres pays s’inquiètent des progrès fulgurants des «maladies de la productivité». Selon des estimations américaines, ces affections représentent 50% des indemnisations pour maladie professionnelle. Une étude conduite dans un pays de la Communauté européenne sous la direction d’un éminent épidémiologiste, dans une usine d’électroménagers, a démontré que plus du tiers du personnel était atteint du syndrome du canal carpien. Cette affection s’installe insidueusement. Le sujet se réveille la nuit avec des douleurs et des fourmillements des mains. Il faut remuer les doigts engourdis un long moment avant de calmer la crise et retrouver le sommeil. Les choses s’aggravent au fil des ans, pouvant mener, en quelques années, à une paralysie plus ou moins complète et, en tout cas, à l’incapacité de saisir un objet un peu pesant. Résultat : inaptitude de continuer son travail avec les conséquences que ceci implique, les TMS n’étant que très exceptionnellement reconnues comme maladies professionnelles. Or il s’agit véritablement d’un trouble provoqué par les gestes répétitifs imposés par le travail exercé. D’après le spécialiste, les pièces osseuses des doigts sont actionnées par des muscles. En cas de répétitivité, de cadence rapide, des poids manipulés, les tendons fléchisseurs souffrent, s’irritent et enflent. Ceci entraîne fatalement la compression des nerfs qui empruntent les mêmes passages étroits. Le seul traitement est donc chirurgical. Le chirurgien ouvre le ligament afin de dégager le nerf. Des milliers d’interventions de ce genre sont pratiquées chaque année dans un nombre de plus en plus croissant de pays. Ce qui représente un problème doublement préoccupant qui mobilise les autorités affectées dans l’amélioration des conditions de travail dans les pays industrialisés. Ailleurs, il est soit ignoré, soit escamoté. Un congrès mondial a eu lieu à Stockholm, il y a quelques années, essayant d’analyser ce fléau de plus en plus préoccupant pour les industries performantes mais aussi pour l’économie des pays. Des procédures précises ont été mises au point, afin d’analyser les gestes du travail et caractériser les excès. Mais force est de reconnaître que c’est là une maladie parmi celles qui s’installent dans les entreprises. Il s’agit, certes, d’un phénomène inhérent au travail à la chaîne et on aurait dû s’apercevoir bien plus tôt de ses conséquences. Mais les nouveaux équipements permettent un rythme de production bien plus effréné qu’auparavant. Aujourd’hui il se pratique avec de moins en moins d’ouvriers, sous une pression de plus en plus grande. D’où l’apparition de problèmes articulaires qui n’existaient pas autrefois avec autant d’acuité. Il faut peut-être ajouter qu’auparavant des maladies professionnelles très graves (silicose et autres) occultaient les grippages du poignet ou d’autres symptômes de moindre gravité. Mais autant les médecins que les économistes ne peuvent que constater cette nouvelle «épidémie» d’affections professionnelles qui ne fait que démontrer que l’homme est loin d’être une machine à laquelle on peut demander n’importe quelle tâche. Il faut prendre en considération le fait que l’être humain est vulnérable, et réfléchir aux cadences et à l’effort qu’on lui impose comme à la fragilité de sa charpente, si on ne veut pas être confronté à des problèmes aussi graves que ceux du passé.
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