Après avoir fait approuver son projet de concorde civile pour rétablir la paix en Algérie, le président Abdelaziz Bouteflika entend réintroduire rapidement l’«État de droit» malgré les fortes oppositions qu’il rencontre et qu’il dénonce avec passion. Toujours dans son style direct et sans ambages, qui plait aux Algériens, le président Bouteflika n’a pas hésité une fois de plus à mettre les points sur les i et dénoncer ceux qui «pillent l’Algérie». À deux reprises ces derniers jours, M. Bouteflika, élu le 15 avril 1999, a sommé les «délinquants économiques» de rentrer dans le rang dans les trois mois à venir. Pour lui, «il est tout à fait clair» que si les mentalités ne changent pas le «pays ne peut aller qu’à la dérive». Le président Bouteflika a menacé une fois de plus de «rentrer chez lui» si «les choses ne sont pas ficelées» à la mi-janvier. Ce n’est pas la première fois que le chef de l’État menace de se retirer. Déjà, le jour de l’élection présidentielle, en sortant du bureau de vote, M. Bouteflika avait affirmé qu’il renoncerait à être président s’il n’obtenait pas une majorité substantielle. Il avait été élu avec près de 74 % des suffrages, après le retrait de ses six adversaires qui soupçonnaient l’administration de le soutenir frauduleusement. Lors du référendum du 16 septembre, qui avait entériné la loi sur la concorde civile, il avait fait de même. L’approbation avait été massive avec près de 99 % des suffrages. À maintes reprises, au cours de la campagne du référendum, le président Bouteflika avait dénoncé «la mafia politico-économique» et la corruption qui gangrène notamment l’administration et la justice. Il avait même affirmé que ce problème était «encore plus grave que le terrorisme» soulignant que «l’État algérien est bien pourri». Dans la foulée, il avait renvoyé brutalement, sans avertissement, une vingtaine de walis (préfets) accusés de corruption tout en les invitant à rendre les biens dont ils se seraient accaparés illégalement. La menace d’un départ risque, cette fois-ci, d’être une opération beaucoup plus périlleuse, comme le remarque plusieurs éditorialistes de la presse algérienne. En effet, le président s’attaque, selon eux, à des «clans» dont les «privilèges» sont trop importants pour qu’ils ne réagissent pas. «Le terrain est profondément miné, chaque couvercle soulevé est un danger d’explosion», notait récemment l’influent el-Watan. Ces «clans ne peuvent par conséquent pas être indifférents aux changements et aux réformes» promises par le chef de l’État, soulignait ce quotidien. Reste que M. Bouteflika est convaincu que l’Algérie ne peut se redresser que si l’État de droit est rétabli «coûte que coûte», ajoutant qu’il n’avait pas de «tour de passe passe» pour redresser une situation économique désastreuse et enrayer un taux de chômage qui touche près de 30 % de la population active. «Il ne sera pas dit que les monopoles de fait, qui ont été constitués comme cela pour piller les richesses du peuple algérien, n’auront pas été avertis à temps. Ils auront bénéficié d’une période moratoire, pouvons-nous faire mieux?», a affirmé notamment le 12 octobre le président lors de l’inauguration de la Foire internationale d’Alger devant un parterre de diplomates et d’investisseurs potentiels. Ces derniers hésitent encore à s’installer dans un pays à peine sorti d’une économie socialiste obsolète où le bakchich se pratique à tous les niveaux, alors que les groupes d’islamistes armés continuent de tuer.
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