L’attribution, aujourd’hui vendredi, à Oslo du dernier prix Nobel de la paix du siècle a pris un tour polémique avec les «aimables pressions» exercées par la Chine sur le comité norvégien. Le secrétaire du comité, Geir Lundestad, a indiqué qu’il avait été contacté «à plusieurs reprises» par les autorités de Pékin s’inquiétant d’informations de presse selon lesquelles le lauréat 1999 pourrait être un dissident chinois. «J’ai eu plusieurs contacts avec des Chinois ces derniers jours, dont certains avec l’ambassade de Chine à Oslo qui était préoccupée par un récent article citant un dissident chinois parmi les favoris pour l’attribution du prix de la Paix 1999», a-t-il ajouté. M. Lundestad a indiqué jeudi que ces contacts «avaient cessé» et que, selon lui, «il n’est pas surprenant que les Chinois aient pris langue avec lui à la suite des ‘rumeurs’ parues dans la presse». Les noms de deux dissidents chinois, Wang Dan et Wei Jingsheng, figurent sur des listes officieuses de candidats pour le prix circulant comme à chaque édition dans la capitale norvégienne. Wei Jingsheng, 49 ans, figure historique de la dissidence chinoise, est l’un des animateurs du premier Printemps de Pékin (1978-79) au cours duquel il avait exigé la démocratisation du régime sur le Mur de la Démocratie. Il vit en exil depuis sa libération de prison, il y a deux ans. Wang Dan, 30 ans, étudiant à l’époque du deuxième Printemps de Pékin (1989), est l’un des héros des manifestations pro-démocratiques de la place Tiananmen réprimées dans le sang le 4 juin 1989. Surprise pour Pékin Leurs noms ont été involontairement «poussés» par M. Lundestad, qui avait déclaré la semaine dernière au journal norvégien Aftenposten que la cérémonie de remise serait retransmise «pour la première fois» cette année en Chine par la télévision publique norvégienne et que cette retransmission constituerait une «surprise» pour Pékin. M. Lundestad a par la suite formellement démenti que cette déclaration avait «quoi que ce soit à voir» avec une éventuelle attribution du prix aux deux dissidents chinois. «Je les ai rassurées (les autorités chinoises) en leur disant que cet article de presse m’avait cité de façon erronée tout en leur précisant que le lauréat serait annoncé vendredi», a-t-il indiqué. Le ministère norvégien des Affaires étrangères avait par ailleurs indiqué mercredi que son ambassadeur en Chine avait été convoqué, «il y a trois ou quatre jours», pour des explications par les autorités de Pékin. Le président israélien Ezer Weizman, le président américain Bill Clinton, le pape Jean-Paul II et le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan se trouveraient également parmi les 110 candidats individuels et les 26 organisations retenus pour le prix. Au titre des organisations figureraient, comme les années précédentes, l’Armée du salut et Médecins sans Frontières mais aussi l’Otan, qui a fêté cette année son 50e anniversaire, ainsi que l’organisation internationale de bienfaisance pour l’enfance SOS-Kinderdorf (SOS-Village d’enfants) et le Mouvement des enfants pour la paix de Colombie. Les tribunaux pénaux internationaux de La Haye pour le Rwanda et l’ex-Yougoslavie compteraient également parmi les «nobélisables». En 1998, le Nobel de la paix était allé aux dirigeants catholique John Hume et protestant David Trimble, architectes de l’accord de paix en Irlande du Nord. Cinq prix Nobel ont déjà été attribués. Mercredi, le prix d’économie a été donné au Canadien Robert Mundell. Mardi, les Néerlandais Martinus Veltman et Gerardus’t Hooft ont reçu conjointement le prix de physique tandis que l’Américano-Égyptien Ahmed Zewail a obtenu le prix de chimie. Lundi, le prix de médecine a été attribué à l’Américain d’origine allemande Guenter Blobel tandis que, le 30 septembre, le prix de littérature était allé à l’écrivain allemand Guenter Grass.
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