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Actualités - Chronologie

Un pays en quasi-cessation de paiement

Pendant ses deux mois de vacances, Idi Ali, enseignant à Maradi (centre-est du Niger), a labouré le champ d’un riche commerçant pour gagner un peu d’argent. À 1 500F CFA (15FF, 2,3 euros) la journée, il assure au moins un repas à ses deux femmes et trois enfants. «Comme la craie ne me nourrit plus, j’ai pris la “hiler” (sorte de houe), plutôt que de taper à la porte des autres», confie-t-il. Ils sont nombreux les fonctionnaires comme Ibrahim, qui ne mangent plus à leur faim, malgré leur statut de «privilégiés» dans un pays où plus de 60 % des 9,7 millions d’habitants ont moins de 500 F CFA (5FF, 0,76 euro) par jour pour vivre. Confronté depuis plus d’une décennie à une crise financière chronique, le Niger, deuxième État le plus pauvre du monde selon le Programme des Nations unies pour le développement, s’enfonce au fil des ans davantage dans la misère. «Nous sommes réduits à de simples mendiants, puisque nous sommes incapables de payer une baguette de pain», déclare un responsable du syndicat des infirmiers. Les 40 000 fonctionnaires totalisent 12 mois d’arriérés de salaire, alors que le pays croule sous le fardeau d’une dette extérieure estimée à plus de 800 milliards de F CFA (8 milliards de FF, 1,2 milliard d’euros). «L’administration publique, gangrénée par la corruption, est boudée par ses agents», relève un avocat, en évoquant les nombreuses grèves dans la fonction publique, dont la dernière a débuté mercredi, à quatre jours du premier tour de l’élection présidentielle. Le système éducatif, jugé «inadapté», enregistre un taux de scolarisation de 30 %, le plus bas au monde, selon le ministère de l’Éducation. Les centres de soins, auxquels seulement 30 % des habitants ont accès, sont dépourvus de la moindre aspirine et n’arrivent plus à faire face aux épidémies de paludisme et de choléra, qui ont fait des derniers mois plusieurs dizaines de morts, en majorité des enfants, selon des sources sanitaires. Et l’étau se resserre autour du pays depuis la suspension en avril de l’aide des partenaires au développement, après l’assassinat du président Ibrahim Baré Maïnassara lors d’un coup d’État. «Le pays est quasiment en cessation de paiement», résume un responsable du ministère des Finances. La bouffée d’oxygène des institutions de Bretton Woods a fait long feu, et, selon le gouvernement, le Niger est privé depuis trois mois de tout programme avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. La Banque mondiale vient même de suspendre ses crédits, dont ceux alloués à l’éducation, car le Niger n’est plus en mesure de respecter ses échéances de remboursement. La chute vertigineuse des cours de l’uranium, principale ressource d’exportation, qui finançait le budget national à hauteur de 80 % dans les années 1980, a été fatale pour l’économie. De plus, le taux de croissance démograhique est un des plus élevé au monde avec 3,3 % par an, pour un taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) de 0,9%. «Le pays est une bombe économique et sociale à retardement, dont il faut redouter les effets», commente un diplomate étranger.
Pendant ses deux mois de vacances, Idi Ali, enseignant à Maradi (centre-est du Niger), a labouré le champ d’un riche commerçant pour gagner un peu d’argent. À 1 500F CFA (15FF, 2,3 euros) la journée, il assure au moins un repas à ses deux femmes et trois enfants. «Comme la craie ne me nourrit plus, j’ai pris la “hiler” (sorte de houe), plutôt que de taper à la porte des autres», confie-t-il. Ils sont nombreux les fonctionnaires comme Ibrahim, qui ne mangent plus à leur faim, malgré leur statut de «privilégiés» dans un pays où plus de 60 % des 9,7 millions d’habitants ont moins de 500 F CFA (5FF, 0,76 euro) par jour pour vivre. Confronté depuis plus d’une décennie à une crise financière chronique, le Niger, deuxième État le plus pauvre du monde selon le Programme des Nations unies pour le...