Danielle Baglione et Albert Dichy, co-auteurs du remarquable catalogue de l’exposition (314 p., co-édition de l’Imec et Dar An-Nahar, 75 000 L.L.), ont effectué, pendant plus de deux ans, un travail de fourmi qui leur a permis de rassembler une somme considérable de documents et de témoignages. Le résultat est pour le moins convaincant. En 300 pages, Georges Schehadé le discret se raconte, selon le vœu des auteurs, qui ont pris cette décision en découvrant l’impressionnante correspondance du poète avec Laurice Schehadé-Benzoni, sa sœur aînée. A cette destinataire privilégiée, il confie ses tourments de poète, ses déboires avec les éditeurs, ses attentes et ses espoirs. Mais il y a aussi la correspondance fournie avec ses amis de jeunesse : Antoine Tabet, Henri El Kayem, Marthe Cazal, les articles, haineux ou élogieux, qui paraissent à Paris après la première de Monsieur Bo’ble, pièce qui fait scandale. Puis plus tard, la correspondance avec Jean-Louis Barrault, l’homme de théâtre qui montera régulièrement ses œuvres. «Ce catalogue est un complément de l’exposition : en quelque sorte, il la soutient», affirment Danielle Baglione et Albert Dichy : outre les écrits contemporains à l’auteur et à ses proches, cet ouvrage est systématiquement jalonné de précisions historiques et biographiques. Le lecteur entre donc de plain-pied dans la réalité quasi quotidienne de l’écrivain, et le suit pas à pas dans son évolution tant littéraire que personnelle : ainsi, on découvre un Schehadé amoureux, désespéré, orgueilleux, mais toujours et invariablement drôle. La poésie de Schehadé a littéralement enchanté les écrivains de l’époque. Tous, ou presque, y ont succombé : leurs petits mots, leurs lettres ou leurs articles qu’ils lui destinent sont remplis d’admiration et de respect. Le plus touchant est que la majorité d’entre eux le «remercient» d’avoir écrit… De la part d’un auteur aussi discret, répugnant à échafauder des théories, on attend tout de même des révélations fracassantes. Les quelques entretiens qui traversent le catalogue ne révèlent qu’une chose : Schehadé ne savait pas, et voulait encore moins, parler de poésie. Alors les plus grands critiques littéraires, comme Gabriel Bounoure ou Gaëtan Picon, ont tenté de l’expliquer. D’autres poètes, comme Adonis ou Saint-John Perse, lui ont rendu hommage, en prose ou en vers. Peut-être que le lecteur trouvera quelques pistes dans Interview avec soi-même, par Georges Schehadé, un texte inédit en français, rédigé pour le programme de la création d’ Histoire de Vasco à Berlin en 1957 et qui clôture le catalogue. Schehadé, dans ce dialogue en miroir, répond à son double qui lui demande comment il occupe son temps, en tant que secrétaire général de la faculté des lettres : «Je caresse les rayons de la bibliothèque de la faculté d’où j’ai banni les livres – par prudence».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Danielle Baglione et Albert Dichy, co-auteurs du remarquable catalogue de l’exposition (314 p., co-édition de l’Imec et Dar An-Nahar, 75 000 L.L.), ont effectué, pendant plus de deux ans, un travail de fourmi qui leur a permis de rassembler une somme considérable de documents et de témoignages. Le résultat est pour le moins convaincant. En 300 pages, Georges Schehadé le discret se raconte, selon le vœu des auteurs, qui ont pris cette décision en découvrant l’impressionnante correspondance du poète avec Laurice Schehadé-Benzoni, sa sœur aînée. A cette destinataire privilégiée, il confie ses tourments de poète, ses déboires avec les éditeurs, ses attentes et ses espoirs. Mais il y a aussi la correspondance fournie avec ses amis de jeunesse : Antoine Tabet, Henri El Kayem, Marthe Cazal, les articles, haineux ou...