Le risque sismique est bien présent en France même si ce pays n’est pas susceptible de vivre un tremblement de terre aussi dévastateur que ceux qui ont touché dernièrement la Turquie ou Taïwan. Selon les spécialistes, seule l’adoption de mesures préventives, allant des constructions parasismiques à l’assurance, permettront d’y faire face le jour venu. Un nouvel appel à la prudence a été lancé par 600 personnes d’horizons divers, mais toutes concernées par l’étude et la prévention des séismes, qui viennent de se réunir au palais de l’Unesco, à Paris, à l’initiative des experts des compagnies d’assurances. Même un tremblement de terre modéré, a souligné Thierry Tardy, président de la Compagnie des experts agréés (CEA), peut causer des dégâts matériels non négligeables. «En 1996, la région d’Annecy (centre-est de la France), a-t-il rappelé, a connu un séisme de magnitude 5 à 5,5 sur l’échelle de Richter qui, heureusement, n’a fait aucune victime, mais qui a cependant entraîné 12 000 sinistres et causé plus de 400 millions de dommages sur les seuls biens privés». Les experts de la CEA, syndicat professionnel créé dès 1936, qui a tourné, au fil des ans, son attention plus particulièrement vers les catastrophes naturelles, interviennent depuis 1982 aussi dans l’indemnisation des sinistres d’origine tellurique. Risquent-ils un jour d’avoir à le faire, en France, à la suite d’un séisme comparable à celui qui a frappé en septembre la Turquie ? «La réponse est non, assure Christophe Martin, directeur d’études à la société Géo-Ter (Géologie, Tectonique, environnement et risques). Par le nombre de secousses et la magnitude, le danger est en France trente à cinquante fois inférieur à celui de la Turquie. Les zones à risque en France se trouvent dans une région aux failles profondes, alors que la Turquie est traversée par des ruptures qui remontent jusqu’à la surface». Par le passé, la France a néanmoins connu des tremblements de terre aux conséquences graves. Le séisme le plus important de ce siècle est celui de magnitude 6,2, survenu en 1909 à Lambesc, dans les Bouches-du-Rhône, et qui a fait 49 morts. «Aujourd’hui, en raison de l’urbanisation actuelle, il ferait 500 à 1 000 morts et endommagerait gravement 25 000 immeubles», estime M. Tardy. Quelque 1 400 communes françaises, principalement dans le Sud-Est et les Pyrénées, sont classées comme sensibles au risque sismique. Cependant, en dépit des grands progrès dans la connaissance des mécanismes à l’origine des frémissements de la terre et la localisation des zones à risque, il est impossible de prévoir la date et le lieu exacts du phénomène à venir. Seule solution : la réduction de la vulnérabilité des bâtiments par le recours à l’architecture parasismique. Les frais supplémentaires d’une construction nouvelle oscille entre 3 et 6 % de son coût «normal», mais le problème devient beaucoup plus important dans le bâti ancien, qui ne se renouvelle qu’à raison de 1 % par an. Pour les constructions stratégiques en cas de séisme que sont les hôpitaux, les écoles et les lieux de secours, cela semble néanmoins indispensable. Enfin, une autre faiblesse souvent relevée dans les pays sinistrés : l’organisation des secours. Une simulation de tremblement de terre, effectuée en mars dernier dans le Vaucluse (sud-est), avec la mobilisation de 650 hommes pour tester la coordination, a démontré à quel point la présence de spécialistes aux compétences complémentaires, humanitaires, techniques et économiques, était nécessaire pour permettre aux sinistrés, après l’aide immédiate, d’entrevoir un avenir en déterminant les procédés de réparation et en fixant le montant des indemnisations.
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