Les Quinze tentaient laborieusement hier soir à Luxembourg de trouver un terrain d’entente commun à six semaines de la conférence de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) à Seattle (États-Unis), coup d’envoi d’une nouvelle série de négociations multilatérales. «Il y a encore des améliorations à apporter» au texte de la déclaration commune préparée par la présidence finlandaise de l’Union européenne (UE), a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine en marge d’une réunion ministérielle des Quinze consacrée à ce sujet. La France estime que l’audiovisuel doit être clairement exclu du champ des négociations afin d’empêcher les Américains d’inonder complètement le monde de ses productions audiovisuelles. «Il faut laisser une place aux télévisions nationales», a-t-on indiqué par ailleurs de source diplomatique. Si le secteur audiovisuel était complètement libéralisé, il ne serait plus possible de subventionner les télévisions et les productions cinématographiques locales et nationales, a-t-on ajouté de même source. Outre l’audiovisuel, où la France mène un combat soutenu par la Belgique, les Quinze cherchent aussi un accord sur le chapitre des droits antidumping et celui des questions sociales. L’Espagne veut ainsi maintenir les droits européens antidumping, qui permettent à l’UE de sanctionner des pratiques commerciales douteuses. Les Espagnols ont également relevé qu’il n’est pas impératif de conclure la discussion lundi soir, dans la mesure où il reste encore un Conseil des ministres des Affaires étrangères en novembre avant Seattle. Les Britanniques pour leur part sont opposés à toute initiative au sein de l’OMC concernant les droits sociaux. Le texte en discussion à Luxembourg est la déclaration avec laquelle les Quinze iront à Seattle pour défendre leurs intérêts commerciaux. Les autres membres de l’OMC, qui compte 134 adhérents, feront de même, et un compromis devra être atteint lors de cette conférence de quatre jours, définissant le champ précis des négociations. Ces négociations, baptisées le “round du millénaire”, ont pour but de libéraliser encore davantage le commerce mondial en levant divers obstacles comme les tarifs douaniers ou les subventions. Pour les Européens, les négociations de Seattle doivent porter sur un grand nombre de sujets et non pas seulement sur l’agriculture et les services, comme cela est prévu dans les accords de Marrakech, conclus en 1994. Concernant l’agriculture, fortement subventionnée en Europe, les ministres de l’Agriculture ont déjà fait part de leur volonté de vouloir défendre à tout prix le «modèle européen». Dans la perspective de Seattle, les Européens ont adopté en mars dernier une réforme de leur politique agricole, qui prévoit un certain nombre de baisses dans les prix garantis, qui sont une forme de subventions indirectes aux agriculteurs. Pour les Européens, il n’est pas question d’aller au-delà, selon Franz Fischler, commissaire en charge de l’Agriculture. Les négociations du round du millénaire devraient durer trois ans.
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