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Actualités - Reportages

Correspondance Le féminisme perlé et rutilant de Liza Lou

Les perles, les sequins, les strass et les paillettes vont, en principe, avec champagne et séduction, insouciance et fureur de vivre, grand gala et extravagance. Liza Lou, une jeune artiste américaine les conjugue, elle, sur un tout autre temps. Elle s’immerge dans une mer de pierreries multicolores pour restituer le rêve américain dans son aspect le plus terre-à-terre. À savoir celui de posséder sa propre maison, avec une belle cuisine et un arrière-jardin pour les enfants et pour les occasions spéciales. Ces scènes typiques du pays de l’Oncle Sam, elle les traite non avec des pinceaux et des couleurs mais avec des perles, des montagnes de perle, qu’elle enfile, aligne et colle pour leur donner toutes les formes du quotidien. C’est-à-dire qu’elle a réalisé de spectaculaires compositions, empruntant les dimensions de la réalité, et qui sont plus vivantes que les natures mortes et aussi impressionnantes que les scènes intérieures les plus ouvragées. Trente millions de perles, 40 kilos de strass Tout récemment, sa dernière création, Pique-nique dans l’arrière- jardin, a été exposée à New York. C’est une réplique, grandeur nature, de toute la structure et l’accommodement du repas en plein air. Elle a planté son décor sur une surface de 54 m2 : la verdure, les fleurs, la table, les aliments, etc. L’effet est étonnant mais les faits encore plus. Cela donne en chiffres : 30 millions de perles, 2 tonnes de charpente, 5 galons de peintures, 800 kilos de papier mâché, 40 kilos de strass et autres matières brillantes, 180 000 sequins, 60 galons de colle. Avec tout cela, elle a notamment réalisé 250 000 brins d’herbe, ce qui a nécessité 2,5 millions de perles pour obtenir une pelouse parfaite. Là, elle a planté 105 fleurs sur lesquelles butinent des abeilles et se promènent des coccinelles. Durée du travail : deux ans. Un artisanat qui se veut une vision féministe, une vision subversive qui veut débarrasser les tâches domestiques de leur contentieux astreignant et rebutant. Elle a voulu les revêtir d’un lustre pour les tourner en ce qu’elle appelle Americana Glamorama. Elle veut se rapprocher de cette définition baudelairienne de la beauté : une fusion de l’éternel et de l’évanescent, de l’exaltation et du quotidien. Avec des gestes d’une patience infinie, Liza Lou balance entre le rêve et la parodie. On est étourdi devant la valeur étincelante que prennent les petites choses de la vie. Que l’on s’imagine une ordinaire nappe de table ordinaire, à carreaux rouges et blancs, chatoyante comme la robe d’une star recevant un Oscar. Et posé dessus, un club sandwich doré à souhait. C’est tout un arc-en-ciel dans le bol à salade, alors que la banquette en bois naturel prend des reflets mordorés. Et, la végétation environnante s’illumine mieux que des milliers de bougies resplendissantes. Les fleurs s’épanouissent en teintes éclatantes, comme inondées par un soleil invisible. Dans l’optique de l’artiste, ce paysage est le prolongement naturel d’une autre œuvre, non moins fignolée et élaborée, intitulée La cuisine. Là encore, elle a transformé l’une des images sacro-saintes de l’american way of life, que le célèbre Noman Rockwell avait prosaïquement peint. Dans la cuisine, grandeur nature de Liza Lou, on a tout à portée de main, pour préparer les plus parfaits des repas : du petit déjeuner au souper, en passant par le déjeuner, le goûter et le dîner. Aucun accessoire n’a été oublié, même pas l’eau qui coule du robinet et le four encore chaud. De quoi avoir envie de devenir croqueuse de diamant, même s’ils sont faux.
Les perles, les sequins, les strass et les paillettes vont, en principe, avec champagne et séduction, insouciance et fureur de vivre, grand gala et extravagance. Liza Lou, une jeune artiste américaine les conjugue, elle, sur un tout autre temps. Elle s’immerge dans une mer de pierreries multicolores pour restituer le rêve américain dans son aspect le plus terre-à-terre. À savoir celui de posséder sa propre maison, avec une belle cuisine et un arrière-jardin pour les enfants et pour les occasions spéciales. Ces scènes typiques du pays de l’Oncle Sam, elle les traite non avec des pinceaux et des couleurs mais avec des perles, des montagnes de perle, qu’elle enfile, aligne et colle pour leur donner toutes les formes du quotidien. C’est-à-dire qu’elle a réalisé de spectaculaires compositions, empruntant les dimensions...