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Actualités - Chronologie

Un héritage d'amertume et d'apartheid

La Guerre anglo-boer meurtrière mise au pas par l’Empire britannique de républiques boers a laissé à l’Afrique du Sud un héritage d’amertume et d’exclusion, terreau du nationalisme afrikaner extrême qui devait enfanter l’apartheid. Le conflit éclata officiellement le 11 octobre 1899, quand les républiques boers alliées ignorèrent un ultimatum britannique pour accorder le droit de vote à des milliers d’Européens attirés autour de Johannesburg par le boom économique tiré de la découverte d’or. Après quelques premières victoires et sièges stériles de villes sous contrôle anglais (Ladysmith, Kimberley, Mafikeng), quelque 80 000 Boers finirent par plier face aux soldats britanniques, 450 000 après renforts. Mais, après la capitulation boer du 27 février 1900, débuta en juin une guérilla de «kommandos» boers, soldats-fermiers «faisant la guerre comme ils chassaient», un conflit coûteux et meurtrier pour les forces de la Couronne. «Le tournant fut la politique de la terre brûlée» employée par les Britanniques face à un ennemi insaisissable, estime l’historien Franz Johan Pretorius, de l’université de Pretoria. Fermes brûlées, femmes, enfants, mais aussi domestiques et ouvriers agricoles noirs massés en camp de concentration, une «invention» britannique de la Guerre anglo-boer: «non pas à des fins de génocide, comme plus tard en Allemagne, mais parce que les troupes ne savaient que faire de ces civils», alliés des guérillas, affirme l’historien. Le résultat fut le même. 26 000 personnes périrent dans ces camps, de maladies, de négligence par l’intendance britannique. «Les deux tiers d’entre eux âgés de moins de 16 ans, une considérable saignée qui allait influencer la démographie du pays», souligne l’historienne Diane Prinsloo. Ces drames, entretenus et racontés dans les familles pendant des générations, «ont fourni aux leaders afrikaners un matériau pour promouvoir leur nationalisme, un nationalisme exclusif et agressif», pour des années à venir, estime Pretorius. Les Afrikaners, démunis, exclus de métropoles aux rênes économiques tenues par les Britanniques, n’allaient connaître qu’un objectif au XXe siècle: reconquérir pouvoir économique et autodétermination politique. Au détriment des droits des autres, c’est-à-dire des Noirs. Car la Paix anglo-boer de Vereeniging (1902) n’a prévu aucun droit, aucune disposition pour les non-Blancs, 80 % de la population locale, en dépit des promesses britanniques aux Noirs combattant à leurs côtés. L’autonomie peu à peu gagnée par l’Afrique du Sud se traduisit, à chaque étape, en législations de plus en plus racistes et discriminatoires, jusqu’à leur forme la plus achevée, le régime d’apartheid, après l’arrivée au pouvoir en 1948 du Parti national, porte-drapeau du nationalisme afrikaner. Pour les historiens, le ressentiment afrikaner et l’anglophobie encore perceptible dans certains milieux blancs extrémistes, perdurèrent jusqu’aux années 60 avec le divorce du Commonwealth, et la création de la République sud-africaine (1961). Seulement une fois ce but atteint, estime Pretorius, les Afrikaners commencèrent à réaliser, dans le courant des années 70-80, que le pouvoir politique absolu vers lequel ils avaient tendu pendant tout le siècle «n’était viable ni politiquement, ni économiquement, ni moralement».
La Guerre anglo-boer meurtrière mise au pas par l’Empire britannique de républiques boers a laissé à l’Afrique du Sud un héritage d’amertume et d’exclusion, terreau du nationalisme afrikaner extrême qui devait enfanter l’apartheid. Le conflit éclata officiellement le 11 octobre 1899, quand les républiques boers alliées ignorèrent un ultimatum britannique pour accorder le droit de vote à des milliers d’Européens attirés autour de Johannesburg par le boom économique tiré de la découverte d’or. Après quelques premières victoires et sièges stériles de villes sous contrôle anglais (Ladysmith, Kimberley, Mafikeng), quelque 80 000 Boers finirent par plier face aux soldats britanniques, 450 000 après renforts. Mais, après la capitulation boer du 27 février 1900, débuta en juin une guérilla de «kommandos»...