Isabelle Huppert est parmi nous pour quelques jours. Le Festival du film de Beyrouth lui rend hommage à travers deux films,La Séparation , de Christian Vincent (1994) et La Cérémonie , de Claude Chabrol (1995), qu’elle est venue présenter. Hier matin, à l’hôtel Le Méridien Commodore , l’actrice française, très en forme, a rencontré la presse. Au palmarès d’Isabelle Huppert, plus de 50 films, français, européens et américains. Elle a tourné avec de grands metteurs en scènes, français ou étrangers, et a obtenu plusieurs récompenses. Côté théâtre, depuis 1978, elle est apparue sur les planches françaises, mais aussi au Royal National Theater de Londres (Mary Stuart, 1996). Pour La Cérémonie de Claude Chabrol, notamment, elle reçoit le Prix d’interprétation féminine au festival de Venise, en 1995 ; et en 1996, le César de la meilleure actrice. Pourquoi avoir choisi La Cérémonie et La Séparation pour le Festival du film de Beyrouth ? «Parce qu’ils présentaient une palette assez étendue de ce que je sais faire», répond-elle dans un sourire. «Ce sont deux films d’auteurs, très personnels, où j’ai interprété deux rôles très différents .La Cérémonie est assez symbolique à mes yeux», indique-t-elle. «D’abord, à cause de Chabrol qui est un grand cinéaste avec qui j’ai tourné plusieurs films. Ensuite, par ce que ce rôle m’a porté chance et que le film a très bien marché. La Séparation est un film que j’aime bien», ajoute-t-elle, «même s’il n’a pas vraiment eu de succès en France. C’est un travail très en finesse, que j’ai pris plaisir à faire». Quant à savoir comment elle choisit ses rôles, elle souligne que «cela dépend de plusieurs choses : le désir de jouer un rôle, d’abord ; mais aussi le metteur en scène, l’histoire, la nature du rôle, le moment où il vous est proposé, ce qu’on a fait avant, etc». Huppert et Chabrol Pour Isabelle Huppert, la relation entre un metteur en scène et un acteur doit reposer essentiellement sur une confiance mutuelle, «au moins pendant la durée du tournage», précise-t-elle. «Sans cette confiance réciproque, rien n’est possible». Comme pour Deneuve et Téchiné, on associe Huppert à Chabrol. «Il est vrai qu’il existe entre nous des liens privilégiés», indique l’actrice. «Cela vient non seulement de la qualité mais aussi de la quantité (cinq) des films de Chabrol dans lesquels j’ai joué. Notre relation professionnelle», ajoute-t-elle, «est aussi sous-tendue par la certitude que nous allons toujours nous retrouver. C’est comme une histoire sans fin». Isabelle Huppert, actrice intellectuelle ? «On le dit peut-être parce que j’ai beaucoup joué dans des films d’auteurs, ou encore dans des films qui apportent une certaine réflexion sur leurs sujets», dit-elle. «Mais ce sont ces films qui sont intellectuels, pas moi. Je ne suis pas plus cérébrale ni plus émotionnelle qu’une autre. Récemment, j’ai incarné des personnages assez sophistiqués, censés représenter une certaine appartenance sociale», ajoute-t-elle. «Mais je ne m’y sens pas forcément à l’aise. Je me sens plus proche par exemple de mes rôles dans La Cérémonie ou dans La Séparation que de celui dans L’École de la Chair». La richesse du cinéma français Selon Isabelle Huppert, à chaque époque ses actrices. Celles d’hier avaient moins de libre-arbitre que celles d’aujourd’hui. «Elles étaient moins décisives, moins conscientes de leurs choix. De nos jours, elles sont beaucoup plus au cœur de leur destin», indique-t-elle. Elle salue par ailleurs la grande vitalité du cinéma français, sa «capacité à se mettre dans des univers très différents. Il est suffisamment malléable et ouvert pour se laisser rattraper par toutes sortes de préoccupations et pour ne jamais s’enfermer dans aucune forme», insiste-t-elle. «Et c’est là sa force : exister dans ce pluralisme». Autre point positif du cinéma français , la diversité et la liberté des metteurs en scène. «En France, ils sont rois», note Isabelle Huppert. «Ils font ce qu’ils ont envie de faire. Le cinéma est une expression avant tout individuelle, et non pas celle d’une armée de producteurs. Il ne faut pas que cela change, ou alors on n’aurait plus que des films, ce ne serait plus du cinéma».
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