Venancio Rebeiro dos Santos fouille dans les décombres de ce qui fut un magasin de vêtements de Dili, la capitale du Timor-Oriental. Il empile des pièces de charpente et des plaques de tôle ondulée qu’il traînera tout à l’heure chez lui. «Ma maison est complètement détruite, ma femme, mes trois enfants et moi, nous vivons sous une tente», explique-t-il. «Je vais emmener tout ça pour nous construire un abri temporaire pour que nous puissions rester au sec lorsque les pluies arriveront», poursuit-il. Venancio ajoute qu’il attendait davantage des Nations unies. «Pour le moment, dit-il, je n’ai reçu qu’un sac de riz». Alors cet homme de cinquante-cinq ans récupère ce qui peut encore l’être dans les bâtiments détruits et noircis par les incendies. L’opération d’assistance humanitaire au Timor-Oriental n’en est encore qu’à une phase de montée en régime. Dans un premier temps, il a fallu s’assurer que les miliciens anti-indépendantistes qui ont ensanglanté l’ancienne colonie portugaise après le référendum du 30 août ne frapperaient pas. Aujourd’hui, le port de Dili est le seul du territoire qui ait été «sécurisé» par les soldats internationaux de l’Interfet et ses quais étouffent sous la quantité de vivres et d’équipements médicaux que l’on décharge des navires. Mais réunir et acheminer depuis Darwin, en Australie, des matériaux lourds comme des madriers, des poutres, des bâches de plastique ou de la tôle ondulée pose un énorme problème logistique. Du savon ? Un trésor... Pourtant, les besoins sont immenses dans la capitale est-timoraise, dont la quasi-totalité des bâtiments commerciaux ont été détruits par les milices. La situation n’est guère moins catastrophique pour les maisons d’habitation. Seules des tentes ont été mises à la disposition de la population par les agences internationales, et les habitants doivent se débrouiller comme ils peuvent. Avec, en prime, la nécessité de faire vite, de devancer l’arrivée de la mousson. C’est en famille que Francisco Soares s’est rendu dans une ancienne galerie de commerces, à la recherche de tout ce qui pourrait être d’une quelconque utilité. Sa femme Feliciana a mis la main sur des restes de savon. «C’est un trésor, plus important pour moi que du bois pour reconstruire notre maison», assure-t-elle. Et elle explique qu’il n’y a plus de détergent dans Dili et qu’il est impossible de garder une hygiène minimale ou de laver ses vêtements. Francisco entasse, lui, des poutres sur une charrette branlante avant d’entamer le long trajet qui le ramènera chez lui. Derrière lui, une femme âgée récupère des clous dispersés sur le sol noirci du magasin qu’elle enfourne dans un sac en toile. «Je suis très satisfait par ce que nous avons trouvé ici. Regardez, j’ai même cette bande de lampes fluorescentes. Ce sera utile quand nous aurons de nouveau un toit», dit Francisco. Avant les violences, avant les destructions, il travaillait de temps en temps dans ce magasin. «Je faisais le café pour les employés. Maintenant, je récupère le toit pour refaire ma maison. Nous n’avons pas le choix, explique-t-il, nous devons récupérer n’importe où du bois et du métal pour pouvoir garder nos familles au sec lorsque les pluies viendront». Mais les ruines ne dissimulent pas seulement des poutres ou des morceaux de savon. Des cris d’enfants retentissent. En fouillant, ils ont découvert deux cadavres. Chacun s’approche lentement, en se bouchant le nez et la bouche, pour jeter un regard sur les deux squelettes noircis par le feu.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Venancio Rebeiro dos Santos fouille dans les décombres de ce qui fut un magasin de vêtements de Dili, la capitale du Timor-Oriental. Il empile des pièces de charpente et des plaques de tôle ondulée qu’il traînera tout à l’heure chez lui. «Ma maison est complètement détruite, ma femme, mes trois enfants et moi, nous vivons sous une tente», explique-t-il. «Je vais emmener tout ça pour nous construire un abri temporaire pour que nous puissions rester au sec lorsque les pluies arriveront», poursuit-il. Venancio ajoute qu’il attendait davantage des Nations unies. «Pour le moment, dit-il, je n’ai reçu qu’un sac de riz». Alors cet homme de cinquante-cinq ans récupère ce qui peut encore l’être dans les bâtiments détruits et noircis par les incendies. L’opération d’assistance humanitaire au Timor-Oriental...