Les sociaux-démocrates allemands ont oublié les vieilles rancunes pour saluer dans un bel unanimisme la consécration de Guenter Grass. Ami personnel de l’ancien chancelier Willy Brandt, il avait fait campagne pour le parti aux élections législatives de 1965, 1969 et 1972, accompagnant même Brandt sur les podiums. Mais pour Grass, le SPD a raté le coche après la réunification, échouant à saisir les nouveaux enjeux. En 1993, l’auteur claquait la porte du parti dont il contestait alors les positions en matière de droit d’asile. En juillet dernier, il remettait l’affaire sur le tapis, allant jusqu’à parler d’une politique de «nettoyage ethnique» pour comparer les projets jugés trop timorés du gouvernement SPD-Verts en matière de double nationalité. Peu importe. Jeudi, les louanges pleuvaient du côté du SPD. «C’est vraiment fantastique», se félicitait promptement le chancelier Gerhard Schröder, depuis un déjeuner à Prague avec son homologue tchèque, avec lequel il portait «aussitôt un toast». Sur le mode du tutoiement, Gerhard Schröder a «remercié» Guenter Grass pour «avoir rendu possible le dialogue entre la politique et la culture» et avoir été «l’un des plus importants interlocuteurs du SPD». Le président social-démocrate Johannes Rau se réjouissait pour son «ami de longue date», qui «méritait vraiment le prix», saluant «l’intellectuel engagé qui s’immisce dans les affaires publiques et dont la voix ne peut qu’être entendue». Le secrétaire général désigné du SPD, Franz Muentefering, tressait des couronnes au lauréat, «figure de proue littéraire de la République fédérale». De son côté, le porte-parole du SPD au Bundestag, Peter Struck, à court de formules sous le coup de l’émotion, lançait un jovial «C’est fabuleux!». «Je me réjouis et je le dis au nom de tout le groupe parlementaire : tu l’as mérité! Tu as toujours provoqué et donné des impulsions à la politique». Un euphémisme. «On peut aussi bien être un socialiste démocrate au SPD qu’en dehors du SPD. On ne me fera pas taire aussi facilement», avait prévenu Guenter Grass en rendant sa carte. En 1997, il avait profité d’un éloge prononcé lors de la remise du Prix de la paix des libraires allemands à l’écrivain turc Yasar Kemal pour interpeller les députés sur les livraisons d’armes à la Turquie et le passeport pour les Turcs, accusant l’Allemagne de xénophobie... Pour le chef écologiste de la diplomatie allemande, Joschka Fischer, la récompense attribuée à Guenter Grass est «adaptée» aux qualités de l’écrivain. Au Parlement à Berlin, les députés ont quant à eux applaudi à l’annonce de la nouvelle, toutes tendances confondues. Le président du Bundestag, Wolfgang Thierse, dont Guenter Grass avait soutenu un temps la candidature à Berlin aux législatives de 1994, a félicité l’auteur au nom du Parlement. Devant la presse et après une visite chez le dentiste, Guenter Grass a finalement pris jeudi la défense du plan d’assainissement préconisé par le gouvernement Schröder : «Il faut bien réaliser que les seize années de l’ère Kohl ont laissé des dettes et que c’est à la nouvelle génération de l’assumer»...
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