Aller toujours plus vite, concilier plusieurs tâches à la fois, la fuite en avant, défier le temps, l’Amérique est dévorée par le vertige de l’accélération en cette fin de millénaire. Tel est du moins le verdict effrayant et parfois cocasse de l’écrivain américain James Gleick dans Plus vite : l’accélération à propos de tout simplement presque tout (éditions Pantheon). Auteur d’ouvrages consacrés à la science, ancien du New York Times, James Gleick s’attache à décortiquer, exemples à foison, la frénésie de la rapidité qui consume l’Amérique depuis une dizaine d’années et, à sa suite, le restant du monde. Les Américains sont de plus en plus tentés par l’instantané, par ce que Gleick appelle «la culture de masse du toujours plus vite». La prodigieuse percée d’Internet et ses possibilités tous azimuts, qui bouleversent de nombreux actes traditionnels, y est pour beaucoup. L’Amérique a déjà assimilé depuis longtemps cette nouvelle dimension technologique et se situe bien en avance par rapport au reste du monde dans ce domaine. On évalue à près de 200 millions le nombre des personnes reliées au réseau dans le monde : 80 millions d’entre eux résident aux États-Unis. L’économie, l’information, la politique, la vie quotidienne, rien n’échappe à cette spirale du toujours plus vite. James Gleick souligne combien les Américains sont friands des «timesaving books», ces ouvrages prodiguant des conseils pour gagner du temps ou mieux le gérer dans les circonstances les plus diverses, au travail, avec ses enfants, au lit (...) Il suffit de visiter une librairie pour s’en convaincre. James Gleick se penche également sur les «multitaskers», ceux qui adorent faire plusieurs choses à la fois. Selon un sondage, les Américains aiment leurs voitures parce qu’elles leur permettent, tout en étant au volant, de se raser, se maquiller, lire, se coiffer, changer de vêtements ou téléphoner. L’hebdomadaire Newsweek indique qu’il y a près de 80 millions d’utilisateurs de téléphones portables aux États-Unis, une autre acquisition qui a considérablement accéléré les communications pendant la décennie écoulée. Il n’y en avait qu’une vingtaine de millions en 1993. Le commerce en ligne qui permet de commander aussitôt voulu, aussitôt fait, des articles de son choix, va se développer aussi à une vitesse exponentielle et concerner la bagatelle de 184 milliards de dollars d’ici à trois ans. Mais les sociologues nuancent l’analyse de cette trépidation américaine. Gerald Celente, directeur d’un institut de recherches sur les tendances de la société américaine, estimait dans USA Today que l’ouvrage de James Gleick concerne surtout ceux qui, à la trentaine, «se vantent de travailler 65-70 heures par semaine (...) des personnes qui sont en permanence branchées sur Internet et autres gadgets dernier cri». Autrement dit, une couche étroite de la population, essentiellement urbaine. Pour James Gleick, ce n’est pas un hasard si l’emballement général de cette fin de siècle donne aux gens ce sentiment de basculer dans l’inconnu, d’où le nombre de ces livres ayant annoncé ces dernières années «la fin» de l’Histoire, de l’homme économique ou de l’éducation.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Aller toujours plus vite, concilier plusieurs tâches à la fois, la fuite en avant, défier le temps, l’Amérique est dévorée par le vertige de l’accélération en cette fin de millénaire. Tel est du moins le verdict effrayant et parfois cocasse de l’écrivain américain James Gleick dans Plus vite : l’accélération à propos de tout simplement presque tout (éditions Pantheon). Auteur d’ouvrages consacrés à la science, ancien du New York Times, James Gleick s’attache à décortiquer, exemples à foison, la frénésie de la rapidité qui consume l’Amérique depuis une dizaine d’années et, à sa suite, le restant du monde. Les Américains sont de plus en plus tentés par l’instantané, par ce que Gleick appelle «la culture de masse du toujours plus vite». La prodigieuse percée d’Internet et ses possibilités...