Voilà deux ans, on lui prédisait des succès ininterrompus, cette saison on l’enterrait définitivement : Jan Ullrich a remis les choses au point dans la Vuelta. Le vainqueur du Tour 1997 partait dans l’inconnu dans ce Tour d’Espagne. Des problèmes de poids et des blessures avaient gâché son début de saison et dilapidé la confiance que les suiveurs lui accordaient. Les chutes furent rudes au Tour d’Allemagne et au Tour de Suisse et son absence dans la Grande Boucle n’avait rien arrangé. À 25 ans, l’Allemand n’avait plus gagné une seule course depuis plus d’un an lorsqu’il s’est imposé dans la cinquième étape de cette Vuelta. Solide leader de l’épreuve, avec 49 secondes d’avance sur l’Espagnol Igor Gonzalez Galdeano, Ullrich conserve sa modestie coutumière et refuse de se poser en vainqueur. «Les choses se sont passées beaucoup mieux que je ne l’espérais et je suis surpris d’en être là», a-t-il dit. «J’étais bien préparé, mais pour moi, l’objectif reste de terminer dans les dix premiers. Au départ, j’avais dit que je ne savais pas si je pourrais jouer les premiers rôles ici», a-t-il ajouté. «Tout ce que je souhaitais était de gagner les deux contre-la-montre et l’étape d’Andorre, où j’avais revêtu mon premier maillot jaune du Tour de France en 1997». Après son forfait dans le Tour de France, Ullrich a mis les bouchées doubles – à l’entraînement s’entend –, pour perdre du poids. Imprévisible Il est arrivé en Espagne avec seulement deux kilos de plus que son poids de forme idéale de 73 kilos, celui auquel il avait remporté le Tour 1997. Ces deux kilos ont rapidement fondu tout au long de cette édition particulièrement exigeante. Pour l’Allemand, les discussions autour de son poids sont du reste infondées. «Mes problèmes de poids ne viennent pas du fait que je ne fais pas attention, mais bien d’un problème de métabolisme», a-t-il lancé. On l’attendait essentiellement dans les contre-la-montre, c’est en fait en montagne que l’Allemand a fait la différence, écartant les trois favoris de l’épreuve et du public, Abraham Olano, Fernando Escartin et le grimpeur Jose Maria Jimenez. Pour le Russe Pavel Tonkov, qui a lutté jusqu’au bout dans ce Tour d’Espagne, le coureur de Rostock a d’ores et déjà remporté cette Vuelta. Mais Ullrich a une vision à plus long terme. «Le cyclisme est ma vie et je veux encore marcher dans les saisons à venir. Je suis jeune et j’ai toujours dit que j’étais encore en phase d’apprentissage. L’an dernier, j’ai goûté à la défaite contre Pantani et ce fut une leçon. Je vais acquérir encore plus d’expérience», dit-il. Désormais, plus personne n’ose affirmer comme dans le passé qu’Ullrich va gagner six Tours de France ou régner sans partage sur le cyclisme de la prochaine décennie. «On ne peut jamais savoir avec Ullrich», lance Alvaro Pino, le directeur sportif des Kelme. Mais après le déclin, l’heure de la rédemption semble être venue pour le leader des Telekom.
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