La récente remontée des eaux philippines de plusieurs urnes qui datent d’environ 300 ans avant JC, les premières trouvées dans l’archipel, est venue s’ajouter ce mois-ci à une série de spectaculaires découvertes sous-marines au cours des quatre dernières années, illustrant la richesse des mers philippines en épaves et trésors archéologiques. «Nous sommes en présence d’un véritable musée sous-marin», estime le Français Gilbert Fournier, 61 ans, vétéran de la plongée archéologique qui a été le premier à apercevoir, en 1991 au sud de Manille par 52 mètres de fond, le galion espagnol San Diego, coulé le 14 décembre 1600 par les Néerlandais. Les pièces, parures et objets précieux découverts dans les flancs du galion ont fait l’objet de plusieurs expositions de par le monde. Les urnes datant d’avant Jésus-Christ, dont la découverte a été annoncée la semaine dernière, gisaient à 46 mètres de fond au sud de l’île de Palawan dans l’épave d’une embarcation repérée fin 1998 par des pêcheurs philippins. L’âge des objets a été établi par le Centre français de datation. Une autre découverte récente, dans une zone maritime revendiquée con-curremment par la Chine et les Philippines, l’archipel de Kalayaan, au sud des îles Spratlys, a permis de lever le voile sur un mystère qui entourait depuis 1763 le destin d’un bateau anglais, l’«Earl Temple», qui n’avait jamais atteint sa destination de Manille après des escales notamment à Madras (Inde) et Jakarta. L’«Earl Temple», armé d’au moins 11 canons et lesté de stèles, d’ancres, de colonnes de granite, de bas-reliefs et de pierres funéraires récupérées du sac de Pondichéry (Inde) par les Anglais en 1761, a été découvert par plus de 45 mètres de fond avec sa cargaison, dont 1 450 boulets de granite et des dalles destinées à la réfection de San Augustin, aujourd’hui l’église la plus ancienne de Manille. Un million par site Ces recherches archéologiques aux Philippines, dont les coûts selon des sources informées peuvent atteindre un million de dollars par site, sont invariablement effectuées avec l’autorisation et la coopération du Musée national de Manille. Elles sont financées par des hommes d’affaires philippins et français dont l’un notamment dirige une entreprise spécialisée dans la logistique sous-marine, Supply Oilfield Services (SOS). Gilbert Fournier explique la richesse des fonds philippins en épaves de toutes origines, mais particulièrement chinoises, par le passage obligé le long des côtes de Palawan de toute embarcation faisant route vers le sud en direction de l’Indonésie ou du continent australien. «C’est le résultat de plusieurs siècles de navigation dans des eaux dangereuses et peu profondes et souvent par temps de typhon», affirme-t-il, évoquant son exploration d’une jonque chinoise au large de Palawan d’où a été remonté en 1995 un autre fabuleux trésor archéologique : près de 5 000 pièces intactes datant du XIVe siècle et comprenant jarres des dynasties Yuan et Ming, assiettes «bleu et blanc», céladons, pièces de monnaie, armes en bronze et gongs à l’emblème impérial chinois du phénix. Une autre jonque, datant du XVIe siècle, vient d’être découverte en septembre 1998 aux confins des eaux philippines et indonésiennes au sud de Palawan, recelant également des centaines d’objets de toute beauté destinés au commerce de troc pratiqué à l’époque. «Tous les jours que Dieu fait, un pêcheur philippin quelque part découvre une nouvelle épave», explique Gilbert Fournier. Selon la loi philippine, une partie des cargaisons découvertes dans ces épaves revient aux auteurs de la découverte, mais au moins la moitié retourne à l’État philippin qui emmagasine ces trésors dans les entrepôts du Musée national et procède régulièrement à des expositions dans le but d’attirer de nouveaux financements pour la poursuite des recherches.
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