Israël s’inquiétait mardi de l’émergence d’une mouvance extrémiste parmi ses ressortissants arabes, à la suite du double attentat à la voiture piégée de dimanche, dont les auteurs sont trois Arabes israéliens. Le juge Ron Shapira, chargé du dossier, a qualifié de «bombe à retardement» les premiers éléments de l’enquête policière, toujours sous le sceau de la censure. Il a ordonné le maintien en garde à vue de cinq suspects, laissant entendre à mots couverts qu’il s’agissait d’Arabes israéliens ayant des liens de parenté avec les trois kamikazes tués par l’explosion prématurée des charges qu’ils transportaient dans des véhicules à Tibériade et Haïfa. Selon des sources palestiniennes à Ramallah (Cisjordanie), les auteurs des attentats, qui ont aussi fait quatre blessés, dont un grave, sont Mohamad Azayzeh et Jed al-Zaydi, âgés d’environ 24 ans et originaires du village de Daburiyah, près de Nazareth (nord d’Israël), et Amir Massalha, dont l’âge et le lieu de résidence n’ont pas été indiqués. Les Arabes d’Israël (un million d’âmes, soit 18 % de la population globale), qui ont massivement voté pour M. Barak lors des élections du 17 mai, disposent de 13 députés à la Knesset, sur un total de 120. L’un d’entre eux, Nawaf Massalha, a été nommé par M. Barak vice-ministre des Affaires étrangères, le poste le plus important jamais occupé par un Arabe israélien. Pour la première fois, deux députés arabes siègent au sein de la très influente commission des Affaires étrangères et de la Défense. De plus, un Arabe a été récemment nommé à la Cour suprême et une Arabe a même été élue l’an dernier Miss Israël. Mais ils souffrent toujours de discrimination, notamment dans les domaines de l’habitat et de l’éducation. Un récent rapport officiel a, en outre, fait état de leur «palestinisation» croissante au niveau identitaire. «Les Arabes israéliens ont l’impression d’être des citoyens de seconde classe en Israël et se rendent compte que leurs problèmes ne seront pas réglés dans le cadre de négociations politiques», affirme ainsi un haut responsable des services de sécurité israéliens cité par le journal Maariv. Le journal Haaretz a, pour sa part, évoqué l’existence probable d’une branche du Hamas (Mouvement de la résistance islamique) en Israël. Elle servirait de relais aux activistes de l’organisation intégriste, pourchassés dans les territoires palestiniens autonomes et en Jordanie. Selon Haaretz, les services secrets israéliens et palestiniens tentent notamment d’empêcher que du matériel de sabotage transite par les «passages sûrs» qui doivent prochainement être inaugurés entre Gaza et la Cisjordanie, où des cellules d’intégristes ont été repérées à Hébron, Bethléem, Ramallah et Naplouse. Un haut responsable israélien de la sécurité cité par Maariv parle même de «collusion» avec le Hamas à propos des attentats de Tibériade et Haïfa. Un Arabe israélien présenté comme un militant du Mouvement islamique a tué la semaine dernière un couple d’étudiants juifs près du kibboutz Meguiddo (nord d’Israël). Il était originaire du village de Mushreifa, dont quatre résidents avaient massacré à la hache trois soldats en 1992. Mais les attentats de Tibériade et Haïfa prouvent que les extrémistes arabes d’Israël n’en sont plus au stade des armes blanches. «Le meurtre de Meguiddo était très, très menaçant. S’il est établi que les derniers attentats à l’explosif procèdent du même phénomène, nous devons doublement nous inquiéter», a estimé le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Shlomo Ben Ami.
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