La tradition culinaire et le style de vie ont une conséquence directe sur le type, les caractéristiques et les dimensions des aménagements utilisés dans une cuisine. Qu’est-ce qui différencie l’aménagement de la cuisine libanaise de l’européenne? Sachant que 25% de notre marché sont assurés par ces dernières, quelles solutions trouvons-nous? «La préparation des mets libanais a besoin d’une cuisine semi-industrielle, indique Raymond Zogaib, d’Osimex. De nombreux mets nécessitent de longues préparations et des temps de cuisson de plusieurs heures. La quantité a aussi son importance. Le Libanais aime autant se montrer généreux que délicat dans les saveurs des préparations qu’il partage avec ses convives». Cette tradition se traduit par des besoins particuliers en équipements de cuisine. La taille des appareils électroménagers devrait permettre de répondre à ces préoccupations. Environ 98% des réfrigérateurs équipant les foyers libanais sont aux dimensions américaines de 70 à 90 cm de largeur. Il en est de même pour les cuisinières ; les Libanais apprécient les modèles à 5 ou 6 points de cuisson et les fours de grande dimension. On est loin du standard européen 60 x 60 cm que l’on installe dans les cuisines modulaires ou encastrables. Cette situation pose problème à l’exception de certaines marques de cuisines haut de gamme. Un concept de décoration vient, heureusement, sauver la situation : le free style. Il s’agit de disposer ces pièces d’électroménager dans des espaces libres prévus au moment de la conception des plans de la cuisine. Eau et humidité Il est habituel, au Liban, de laver le sol de sa cuisine à grande eau. Il n’est pas rare d’y recourir de temps en temps pour rincer par la même occasion le mobilier. En fait, presque toutes les cuisines disposent de regards d’évacuation des eaux usées à même le sol. Par ailleurs, une bonne partie du Liban est en bord de mer. Le taux d’humidité peut facilement atteindre 80%, voire plus. Circonstances rares en Occident, les conditions d’utilisation et d’environnement rencontrées au Liban ne conviennent pas toujours à certaines cuisines importées. Les importateurs, conscients de ces problèmes, proposent le plus souvent des produits adaptés. Les battants, en bois comprimé, sont entièrement recouverts de mélamine, les charnières et les accessoires résistants à l’humidité. Raymond Zogaib mentionne : «Nos cuisines haut de gamme sont fabriquées à partir de bois contreplaqué traité marine. Ceci leur permet de supporter toutes les conditions d’utilisation et les contraintes de l’environnement du Liban». La ventilation La hotte aspirante est un élément caractéristique du décor de la cuisine. À part son rôle fonctionnel, elle intervient, par sa forme et ses dimensions, à créer une certaine ambiance. Pourtant, une attention particulière doit être accordée à son aspect fonctionnel. «Les préparations libanaises font souvent appel à des fritures et des plats mijotés. Il est conseillé d’utiliser des systèmes de double ventilation à évacuation externe», nous indique Marco Mattiussi, de Snaidero. Les hottes à évacuation interne font appel à un filtre. À moins d’y porter une attention particulière et de le changer dès que nécessaire, ce type d’installation n’est pas à recommander. La sécurité des installations électriques C’est unanime : la prise de terre doit être installée réglementairement dans les cuisines et les salles d’eau, si ce n’est dans tout le bâtiment. Raymond Zogaib s’insurge contre cette situation car «de nombreux équipements haut de gamme se mettent à “clignoter” quand il n’y a pas de raccordement à la terre ou quand ces caractéristiques ne sont pas rencontrées». Une vielle astuce vient sauver la situation : créer une prise de terre localement en se branchant sur la tuyauterie de prise d’eau. Devons-nous accepter de prendre ces risques? Heureusement, certaines initiatives individuelles en tiennent compte au moment de la construction du bâtiment. L’alimentation en gaz Le gaz de ville n’existant pas au Liban, il est fait appel aux bouteilles à recharger. Marco Mattiussi recommande de «disposer ces bouteilles dans un emplacement aéré et amener l’alimentation par les installations adéquates». De cette façon, il est possible d’utiliser aisément les cuisinières encastrables et, dans tous les cas, de ne pas perdre l’espace, habituellement occupé par la jarre de gaz, situé auprès de la cuisinière. De plus, si elle est apparente, sa présence n’est pas esthétique. L’évacuation des eaux usées La dimension des tuyaux de décharge est importante, elle devrait être de 10 cm de diamètre. Généralement, c’en est le cas, mais certains entrepreneurs essaient de gagner de la place lors de la construction. Pascale Mouzannar, de Tehini, Hana and Co, nous conseille de nous en assurer avant d’installer une nouvelle cuisine. Un socle surélevé en ciment Il est de tradition libanaise de disposer d’un socle en ciment de 10 cm de hauteur à l’emplacement du mobilier présumé de cuisine. Les cuisines modernes disposent de piétements réglables en hauteur et de plinthes servant de caches. Marco Mattiussi précise : «Cette dernière solution est d’une part hygiénique car elle forme un espace nécessaire à l’aération, et d’autre part pratique car cet espace pourra être utilisé pour faire passer les installations d’alimentation et d’évacuation. Parfois, on n’a pas le choix, on est obligé de poser les blocs d’ameublement à même le socle en ciment. Dans ce cas, afin d’éviter les problèmes liés à l’humidité, nous plaçons entre les deux matériaux un isolant imputrescible qui fait office de micro-couche d’aération». Forts de ces recommandations, il ne nous reste qu’à nous mettre en route à la recherche de la cuisine de nos rêves.
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