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Actualités - Reportages

Témoignage : Zouhair 37 ans

«Je n’ai jamais vraiment su pourquoi je me droguais avant de venir ici (à “Oum el-Nour”). C’est à 14 ans que j’ai fumé mon premier joint. Je fuyais la maison à cause des tensions qui y régnaient. J’habitais l’Afrique. Je n’arrivais pas à m’exprimer, peut-être parce que j’étais le cadet d’une famille de 9 enfants. Ma mère est morte lorsque j’avais 5 ans et demi. Nous avons donc été élevés par mon père, qui était très strict. Toute la pression retombait sur moi. C’était un enfer. Du chanvre à 15 ans, je suis passé à l’herbe, et ce jusqu’à 22 ans. Je ne faisais rien, je traînais un peu partout. Mes principales occupations étaient la bière, les copains et, surtout, les femmes. J’ai eu un fils à l’âge de 18 ans. À 20 ans, j’ai eu une fille d’une autre femme. En 1987, je suis passé par une sale période, un moment très dur. J’avais deux enfants hors-mariage. Mon père, que j’avais commencé à apprendre à aimer, venait de mourir. Je repris donc sa boutique, grâce à laquelle il nous avait fait vivre, moi et mes huit frères et sœurs. J’avais décidé d’arrêter l’herbe. J’avais 27 ans, et c’est là que je fis ma première rencontre avec l’héroïne. Il était 6 heures du matin, quand un ami m’a proposé une cigarette. Je ne savais pas que c’était de l’héro. Je ne l’ai su que trois heures après, et c’était trop tard. Je n’ai pas eu la volonté de dire non. J’ai trouvé ça génial. Je ne ressentais plus aucune contrariété, ni aucun problème. Je travaillais avec beaucoup d’énergie. Je croyais que j’étais bien. Je n’ai jamais pu arrêter plus d’un mois en 10 ans... C’est monté crescendo, j’ai commencé à faire des braquages, à voler des banques... J’avais besoin d’argent, pour acheter mes doses. J’ai fini en prison. J’ai été condamné à 20 ans. L’influence de ma famille m’a permis de sortir un an plus tard. Je ne me suis pas drogué pendant les 6 mois qui ont suivi ma sortie, mais je buvais énormément. J’ai recommencé à travailler dans une boîte, malgré le fait que j’avais quitté l’école en 6e. J’ai replongé à cause d’un jeune qui connaissait mon passé. Entre-temps, je m’étais marié, et j’avais eu mon troisième enfant. J’ai essayé de faire une cure en Italie, avec l’aide d’un prêtre franciscain. Quand je suis revenu, j’ai dû apprendre à aimer cette femme, que je ne connaissais presque pas. C’est le même cas pour la plupart des toxicomanes. On ne réalise pas qui on épouse, tellement on est à côté de la plaque. Elle était enceinte quand j’ai tenté ma première cure... Mon fils est né. Je l’ai adoré. C’est un soir que j’ai réalisé que j’avais un grave problème. Alors que le petit était malade, ma femme m’avait donné de l’argent avec l’ordonnance de mon fils. Au lieu de lui acheter ses médicaments, j’ai été acheté ma dose et je ne suis pas rentré... Je ne me suis même pas demandé s’il allait bien... En 1995, mon frère aîné m’a parlé d’un centre au Liban qui s’occupait de la réhabilitation des toxicomanes. Ce n’est qu’en 1998 que j’ai pris mon courage à deux mains et que je suis venu à “Oum el-Nour”. Aujourd’hui, j’y suis encore et je suis heureux. Je fais un long travail sur moi-même, je suis en paix avec le monde. Je ne suis plus esclave de l’héroïne, que j’avais prise pour ne pas être l’esclave de mes frères et sœurs. Je comprends maintenant les raisons qui m’ont poussé à agir comme ça. Parfois, je retrouve dans le comportement des autres résidents des similitudes avec celui de ma famille, et je réalise à quel point j’étais conditionné. Avant, je n’avais pas le temps de penser. Maintenant, même si je suis encore faible, je me sens de plus en plus fort... Je parle, je parle, je parle... Et on m’écoute. J’ai des ambitions, je veux sortir en bon état... Heureusement que je suis venu ici, sur la terre d’Éden...»
«Je n’ai jamais vraiment su pourquoi je me droguais avant de venir ici (à “Oum el-Nour”). C’est à 14 ans que j’ai fumé mon premier joint. Je fuyais la maison à cause des tensions qui y régnaient. J’habitais l’Afrique. Je n’arrivais pas à m’exprimer, peut-être parce que j’étais le cadet d’une famille de 9 enfants. Ma mère est morte lorsque j’avais 5 ans et demi. Nous avons donc été élevés par mon père, qui était très strict. Toute la pression retombait sur moi. C’était un enfer. Du chanvre à 15 ans, je suis passé à l’herbe, et ce jusqu’à 22 ans. Je ne faisais rien, je traînais un peu partout. Mes principales occupations étaient la bière, les copains et, surtout, les femmes. J’ai eu un fils à l’âge de 18 ans. À 20 ans, j’ai eu une fille d’une autre femme. En 1987, je suis...