En ce début janvier 2020, une future propriétaire choisit l’appartement qu’elle souhaite faire construire : connectée à l’Internet, elle peut visiter en images virtuelles et sous tous les angles son logement potentiel et aussi tester les décorations de son choix. L’appartement l’intéresse. Elle se rend alors chez le promoteur pour une visite plus approfondie. Coiffée d’un équipement trois dimensions complet, casques et gants, elle se déplace virtuellement dans un appartement qui n’existe pas encore. Mais elle peut en tâter les murs et le parquet, s’allonger sur son futur lit, se pencher au balcon... Convaincue par l’agencement et la situation, elle étudie maintenant les options proposées par le promoteur qui doivent lui permettre de réaliser un logement sur mesure. Son système de chauffage pourra être piloté individuellement par télécommande pour créer autour de chaque habitant sa propre bulle thermique. Ses vitres photochromes s’assombriront en fonction de l’intensité lumineuse. Ses stores se dérouleront selon la position du soleil. Et ses murs autonettoyants avaleront la poussière. Elle pourra également disposer d’écrans géants intégrés dans les murs, d’une centrale d’aspiration qui nécessitera uniquement le branchement d’un tuyau et évitera ainsi le transport d’un aspirateur, d’une centrale de contrôle de la qualité de l’air, de nez électroniques diffusant de bonnes senteurs. Quelques années plus tard, elle pourra se créer un nouvel espace. Grâce à la généralisation des cloisons amovibles, elle pourra bouleverser l’agencement des pièces, même des salles de bains et des cuisines. Les systèmes de connexion seront simplifiés et les éléments immobilisés comme les baignoires, éviers, seront beaucoup plus faciles à déplacer. Domotique et matériaux intelligents C’est l’introduction de ces nouvelles possibilités faisant intervenir à la fois la domotique – le contrôle électronique des logements – et les matériaux intelligents, permettant de réagir aux modifications de l’environnement extérieur, qui devrait marquer le logement du siècle prochain. Pour Serge Feneuille, vice-président du centre expérimental des travaux publics, «l’installation à grande échelle des matériaux intelligents conduira à la révolution dans le bâtiment». Ces matériaux existent déjà mais à un stade encore expérimental. «À l’inverse des matériaux utilisés actuellement et qui sont passifs, comme le liège destiné à assourdir le bruit ou la laine de verre dont le but est d’éviter la déperdition de chaleur, un matériau intelligent est capable de s’adapter aux changements extérieurs comme s’il était vivant», dit-il. «Grâce à l’incorporation de capteurs, de puces ou de micro-ordinateurs, il peut réagir comme la peau et être ainsi apte par exemple à absorber l’humidité, créer une ventilation dès que la température atteint un certain niveau, s’assombrir pour ne plus laisser passer la lumière, annuler le bruit en créant un contre-bruit, assainir l’atmosphère dès que les capteurs biologiques auront atteint un seuil d’alerte, évacuer les mauvaises odeurs...», ajoute-t-il. Le plus intelligent des matériaux, et celui qui devrait avoir le plus de succès, sera celui capable d’annuler le bruit, estime Marc Weckstein, ingénieur au CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment). Le bruit est la préoccupation première des habitants qui se plaignent tous du niveau sonore trop élevé des habitations. «À chacun sa bulle de silence. Grâce à des techniques déjà employées dans l’automobile ou l’aéronautique, chacun aura le loisir de dormir la fenêtre ouverte, même dans un environnement bruyant grâce à des claustras permettant de faire entrer l’air, mais pas le bruit, ou grâce à la présence autour du lit de petits haut-parleurs intégrés diffusant un contre-bruit neutralisant les bruits indésirables», souligne-t-il. Hygiène et santé du logement Comme pour les produits alimentaires, les exigences des consommateurs pour améliorer la sécurité, la santé et l’hygiène des habitants d’un logement vont aussi devenir des éléments incontournables dans la construction de la maison du XXIe siècle. Les moquettes seront toutes traitées contre les acariens, l’entretien automatique des toilettes sera généralisé, les déchets alimentaires seront détruits sur place par pyrolyse ou automatiquement triés pour recyclage, chaque logement aura son propre système de traitement de l’eau. Pour économiser l’énergie et rendre la maison plus pratique, le CSTB prévoit la disparition progressive des interrupteurs avec des pièces qui s’éclaireront en fonction des déplacements et un spectre lumineux personnalisé selon les désirs des habitants. La sécurité ne sera pas oubliée avec la généralisation de la télésurveillance, les détecteurs de présence dans les pièces ou directement incorporés dans les fenêtres. Et les contrôles d’accès deviendront de plus en plus sophistiqués avec des systèmes de reconnaissance vocale, de traitement d’images (empreinte digitale, fond de l’œil) voire de détection d’odeur.
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