Pour continuer de diriger l’Inde, les nationalistes hindous ont misé sur un seul homme de 72 ans, Atal Behari Vajpayee, leur face modérée et respectée, Premier ministre sortant qui a su se forger une stature d’homme d’État. Ce célibataire affable aux cheveux poivre et sel, poète à ses heures, orateur hors de pair en hindi, a un demi-siècle d’expérience politique et de réputation d’intégrité derrière lui. Mais ce n’est que tout récemment, au crépuscule de sa carrière, qu’il a imposé une carrure nationale incontestée. Ce fut à l’occasion d’un conflit armé meurtrier entre mai et juillet derniers au Cachemire indien, dans la région de Kargil, où les forces indiennes parvinrent à repousser des centaines de guérilleros islamistes venus du Pakistan, véritable guerre non déclarée indo-pakistanaise. «Le général Vajpayee gagne la guerre», a proclamé la «une» d’un magazine indien, résumant le sentiment quasi général dans un pays dopé par la ferveur nationaliste. Les diplomates en poste à New Delhi ont convenu que M. Vajpayee – dont le gouvernement avait chuté en avril après 13 mois seulement au pouvoir – avait fait preuve lors de ce conflit de qualités d’homme d’État, se donnant l’image tout à la fois d’un chef de guerre victorieux mais aussi serein et modéré, refusant d’aller porter le combat en territoire pakistanais et s’attirant la sympathie de la communauté internationale. «Le respect pour l’homme s’est considérablement accru dans tout le pays», souligne un analyste, G.V.L.N. Rao. Tous les sondages ont indiqué que M. Vajpayee était, et de loin, le plus à même à diriger l’Inde. Le Parti nationaliste hindou BJP, favori des élections à la tête d’une coalition d’une vingtaine d’alliés, s’est rangé comme un seul homme derrière son image de vainqueur. Sur les dix photos apparaissant dans leur manifeste électoral, dix montrent Vajpayee. «Vajpayee est notre meilleur atout aujourd’hui», note le porte-parole du BJP Mathur. «C’est notre mascotte». Deux ans de prison Ce ne fut pas toujours le cas. Si M. Vajpayee fut déjà le choix du BJP pour être Premier ministre en 1996 et 1998, c’était plus par défaut qu’autre chose. Il était le seul parmi les dirigeants nationalistes hindous à ne pas être suspect de radicalisme, de fanatisme, disent leurs adversaires. Avant les élections de 1998, un haut responsable du BJP cité par la presse avait affirmé que M. Vajpayee n’était qu’un «masque» présentable. Sur les affiches du parti alors se profilait L. K. Advani, représentant de l’aile dure du parti. M. Advani est aujourd’hui dans l’ombre, temporairement, affirment les détracteurs des nationalistes hindous. L’histoire du BJP est une alternance entre ces deux hommes, deux faces du même Janus. La conversion de M. Vajpayee à l’idéologie hindoue, l’«hindutva», remonte aux années 1940. Après un bref flirt avec le communisme et le Congrès du Mahatma Gandhi, cet ancien étudiant en droit et journaliste né le jour de Noël 1926 à Gwalior (centre), fonde en 1951 le BJS, précurseur du BJP. Il passe deux ans en prison dans les années 1970 pour opposition au régime d’urgence déclaré par Indira Gandhi, rejoint un groupe d’opposition au Congrès, le Janata, et est ministre des Affaires étrangères dans le premier gouvernement non dirigé par le Congrès entre 1977 et 1979. Il fonde le BJP en 1980 mais le conduit à une déroute électorale en 1984 et est marginalisé et remplacé par M. Advani. Le BJP ne cessera de progresser et M. Vajpayee reviendra sur le devant de la scène en 1996 à la faveur d’une phase de modération.
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