En quatorze années d’existence, la station orbitale russe Mir, que Viktor Afanassiev, Sergueï Avdeïev et Jean-Pierre Haigneré quitteront dimanche, aura accumulé une série de records sans précédent et une riche moisson scientifique et technologique. «Certes, relève Michel Viso, du CNES (Centre national d’études spatiales), un des responsables scientifiques des expériences françaises menées à bord de Mir, aucune découverte exceptionnelle n’y a été faite. Mais la station aura le mérite d’avoir permis une grande variété d’études et d’observations de longue durée, dont certains enseignements ont quitté le domaine spatial pour enrichir les connaissances scientifiques générales». Ces expériences conçues par des scientifiques russes et ceux des pays qui ont envoyé leurs représentants à bord de la station ont couvert différents domaines allant de la médecine à la biologie animale et végétale en passant par l’astronomie, la physique, la science des matériaux et la technologie. Elles ont notamment abouti à un approfondissement des connaissances en physiologie humaine (étude des systèmes cardio-vasculaire, neurosensoriel...). Pour la première fois, des oiseaux (cailles) ont éclos en microgravité et le développement embryonnaire a pu être observé chez des amphibiens (pleurodèles). Une autre expérience a permis, pour la première fois également, d’obtenir un cycle végétal complet (graine à graine), avec l’orge. 103 personnes sont passées à bord de la station orbitale Mir De nombreuses études techniques ont porté sur le comportement du complexe orbital lui-même, ses microvibrations en particulier, qui trouveront leurs applications dans la future Station spatiale internationale (ISS). Par ailleurs, Mir a servi de banc d’essai aux méthodes de construction de cette nouvelle station, dont l’assemblage, entamé en décembre dernier, avait été préparé lors des neuf missions conjointes avec les navettes spatiales américaines. Assemblé entre 1986 et 1996, le «train spatial» russe a été occupé en permanence, à l’exception d’un peu plus d’un an, entre 1988 et 1989. Cent trois personnes s’y sont rendues, dont vingt-trois à plusieurs reprises (Anatoli Soloviev cinq fois). Soixante-deux étrangers y ont été accueillis, notamment 44 Américains, venus dans la majorité lors des missions Mir-navette, et cinq Français. Plusieurs records absolus ont été battus sur Mir, le dernier étant celui de Valéry Poliakov (438 jours de séjour d’affilée et 679 jours cumulés en deux vols). Ce record va toutefois être effacé par Sergueï Avdeïev qui, à son retour sur Terre, aura atteint 748 jours en trois séjours. Plusieurs records battus Même sans compter son précédent vol de 21 jours à bord de la station, en 1993, Jean-Pierre Haigneré, avec 188 jours 20 heures et 12 minutes (si l’atterrissage a lieu comme prévu), battra de loin le record cumulé de Jean-Loup Chrétien, qui a passé, en trois vols, 46 jours en orbite et près de 16 heures celui de l’Américaine Shannon Lucid (188 jours 4 heures). Par ailleurs, les cosmonautes ont effectué 77 «sorties» extravéhiculaires, totalisant 354 heures, dont trois sorties pour la réparation du module Spektr, endommagé en 1997 lors d’une collision avec un vaisseau de ravitaillement Progress. Sur ce sujet, les spécialistes sont unanimes : les différents incidents survenus sur cette station vieillissante s’inscriront finalement aussi au bilan globalement positif de Mir, car ils auront contribué à enrichir la grande expérience acquise en matière de gestion d’un complexe orbital, qui sera extrêmement utile pour l’exploitation de l’ISS.
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