Le nouveau Premier ministre russe et dauphin de Boris Eltsine, Vladimir Poutine, a fait de la préparation des élections sa priorité alors que le Kremlin et les partis qui le soutiennent commencent à trembler face à la montée en puissance de leurs adversaires. «La tâche-clé» du gouvernement est la préparation des législatives du 19 décembre et de la présidentielle de l’été 2000, a déclaré M. Poutine, moins de deux semaines après sa nomination par le président Boris Eltsine qui en a également fait son candidat au trône du Kremlin. L’ancien chef des services secrets a fait cette déclaration au lendemain d’une réunion avec trois de ses prédécesseurs –Viktor Tchernomyrdine, Sergueï Kirienko et Sergueï Stépachine – qui a examiné, semble-t-il sans succès, la formation d’une alliance entre les partis de droite pour les législatives. Le chef de l’administration présidentielle, Alexandre Volochine, assistait à la réunion. «Alexandre Volochine et Vladimir Poutine voulaient convaincre Viktor Tchernomyrdine de céder la tête de liste de son parti (Notre Maison la Russie) à Sergueï Stépachine», croyait savoir Segodnia. Échec apparemment: M. Tchernomyrdine, qui n’a pas renoncé à ses ambitions présidentielles malgré une cote de popularité très faible, a refusé de céder la place. L’absent de marque de cette «réunion des anciens» était l’ex-Premier ministre russe Evgueni Primakov, et pour cause, il a rallié mardi l’ennemi du Kremlin, le maire de Moscou Iouri Loujkov. «Le rôle de Poutine, un ancien chef des services secrets, sera de détruire l’alliance Primakov-Loujkov. Le Kremlin a très peur de cette coalition entre les deux hommes les plus populaires de Russie et des gouverneurs de région», estime Nikolaï Petrov de l’antenne moscovite de la fondation Carnegie. L’alliance de centre-gauche Primakov-Loujkov et les communistes sont les deux forces qui devraient rafler la mise aux législatives avec 25 ou 30% des voix pour chaque camp, selon cet expert. Les partis de droite, qui souffrent des ambitions personnelles de leurs chefs, risquent en revanche d’être laminés s’ils n’arrivent pas à se regrouper. Face à cette impuissance, «le Kremlin va développer plusieurs stratégies, pour priver le nouveau bloc de centre-gauche de ressources financières et tenter d’entraver par des moyens légaux» sa marche vers les élections, prédit M. Petrov. La presse bruisse depuis plusieurs semaines de rumeurs sur le remplacement de Rem Viakhirev, le patron de Gazprom, l’entreprise la plus riche du pays, jugé trop favorable au maire de Moscou. Déjà début août c’est un proche du Kremlin, Alexeï Ogarev, qui a été nommé à la tête de la société russe de ventes d’armes Rosvooroujénié en remplacement d’un protégé d’Evguéni Primakov. La nomination d’un nouveau ministre de la Justice, Iouri Tchaïka, alors que la plupart des autres ministres ont conservé leur poste dans le gouvernement, s’inscrit dans le cadre de ces efforts destinés à «mettre la pression sur les communistes et sur Loujkov», estime M. Petrov. Son prédécesseur Pavel Kracheninnikov «n’a pas été assidu dans ses efforts pour miner le Parti communiste» que le Kremlin a menacé plusieurs fois de traîner en justice pour des déclarations jugées contraires à la Constitution, notait mercredi le groupe financier Renaissance Capital dans une note d’informations. Mercredi également, le président de la commission nationale électorale, Alexandre Viechniakov, s’est demandé si le bloc politique formé par Loujkov et Primakov pourrait participer aux élections en raison d’un point technique concernant la date d’enregistrement auprès de la commission.
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