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Actualités - Chronologie

Patrimoine - Commerce illicite à Madagascar Supermarché de fossiles

À Madagascar, les fossiles jonchent, au su et au vu de tout le monde, les rues de la capitale Antananarivo depuis des années. Pierres fossilisées des origines de la terre, ossements d’hippopotames antédiluviens, parfaitement astiqués et bien alignés sur le trottoir, se négocient jusque sous les fenêtres du ministre de la Culture, également chargé de la protection du patrimoine. L’un des fossiles particulièrement recherchés de la Grande île de l’océan Indien est l’œuf d’æpyornis, dont 315 spécimens ont été saisis par les douanes françaises du Havre (nord-ouest de la France), au début de l’été. Intacts parfois, mais beaucoup plus souvent reconstitués à partir de morceaux de coquilles, ces œufs fossiles géants se sont vendus à la douzaine, ces dernières années, surtout depuis que des étrangers ont réalisé la rentabilité du trafic. Pesant environ 12 kilos, mesurant 30 centimètres de haut et 19 centimètres de diamètre, ces œufs sont les vestiges, avec quelques squelettes patiemment reconstitués, du plus grand oiseau que la terre ait jamais connu. Il n’y a qu’à Madagascar, «sanctuaire de la nature» préhistorique, que l’on en trouve assez fréquemment pour alimenter un commerce illicite à l’échelon international, parfois porteurs d’un embryon fossile venu tout droit de l’ère quaternaire. C’est dans l’extrême sud de l’île, au fin fond du pays Androy et dans les dunes de la région de Faux Cap, à mille kilomètres de la capitale, que se situent les principaux gisements fossiles d’æpyornis. «Mais l’oiseau-dinosaure ou éléphant, comme on le nomme aussi, a sans doute vécu sur l’ensemble de l’île», précise Berthe Rakotosaminana, responsable du département de paléontologie à l’université d’Antananarivo. « Madécasse » Des œufs et des fragments de squelette ont été récemment mis à jour dans le nord-ouest de l’île, a-t-elle révélé. Cette méga-autruche, dont la tête semblable à celle d’un dinosaure culminait à 3 mètres, est apparue sur terre 2 000 ans avant notre ère, après la séparation du continent de Gondwana de ce qui allait devenir la Grande Île de l’océan Indien : on n’a découvert de fossiles d’æpyornis dans aucun autre site au monde. Les découvertes, nombreuses et fréquentes, de ces vestiges s’expliqueraient, toujours selon Berthe Rakotosaminana, par le fait que «le dernier æpyornis vivant n’a pas disparu de Madagascar il y a si longtemps». En effet, les récits des premiers Européens qui découvrirent Madagascar aux XVe et XVIe siècles font systématiquement mention dans leurs relations de l’époque d’un «oiseau-géant», qu’ils n’ont jamais vu mais dont parlent les populations de l’époque. Curieusement, des gravures hollandaises du XVIIe siècle reproduisent un être mythique «madécasse», mi-homme, mi-æpyornis, après avoir recueilli des témoignages sur place. Enfin, la datation des derniers fragments d’æpyornis découverts récemment dans le nord du pays ne remontent qu’aux XIIIe ou XIVe siècle de notre ère, toujours selon cette paléontologue malgache, dont le laboratoire et les étudiants ne disposent même pas d’un œuf intact pour effectuer leurs travaux de recherches… C’est que les œufs intacts et authentifiés d’æpyornis, même si leur commerce est interdit par une convention de l’Unesco de novembre 1970 sur la protection des biens culturels mondiaux, se vendent cher. «Les pièces à 100 000 ou 300 000 francs malgaches (environ 100 et 300 francs français) que proposent certains colporteurs sont des faux grossiers, ronds au lieu d’être de forme ovalaire», souligne Berthe Rakotosaminana. Elle se souvient avoir authentifié, il y a quelque deux ans seulement, pour des particuliers qui disaient les avoir trouvés dans un terrain leur appartenant, trois œufs d’æpyornis intacts. Une petite fortune à 150 000 francs français environ la pièce. À ce prix-là, l’æpyornis aux œufs d’or cesse d’être une légende.
À Madagascar, les fossiles jonchent, au su et au vu de tout le monde, les rues de la capitale Antananarivo depuis des années. Pierres fossilisées des origines de la terre, ossements d’hippopotames antédiluviens, parfaitement astiqués et bien alignés sur le trottoir, se négocient jusque sous les fenêtres du ministre de la Culture, également chargé de la protection du patrimoine. L’un des fossiles particulièrement recherchés de la Grande île de l’océan Indien est l’œuf d’æpyornis, dont 315 spécimens ont été saisis par les douanes françaises du Havre (nord-ouest de la France), au début de l’été. Intacts parfois, mais beaucoup plus souvent reconstitués à partir de morceaux de coquilles, ces œufs fossiles géants se sont vendus à la douzaine, ces dernières années, surtout depuis que des étrangers ont...