Mises en veilleuse durant la guerre, les institutions financières spécialisées ont resurgi sur la scène économique libanaise avec le déclenchement du processus de reconstruction au début des années 90. Grâce à la volonté des autorités monétaires de développer le marché financier libanais et de renflouer les flux entrants de capitaux, elles sont aujourd’hui plusieurs à offrir des produits et des services allant des plus simples aux plus élaborés, aussi bien sur le marché national que sur les marchés internationaux. Pourtant, rares sont les non-professionnels qui connaissent avec précision l’univers d’activité des institutions financières en général, des banques d’affaires et des sociétés financières en particulier. Ce tour d’horizon du marché libanais, encore modeste mais prometteur, devrait vous éclairer quelque peu sur le monde de la finance, ses institutions, ses produits, ses rouages et ses acteurs. Aujourd’hui, le marché libanais compte officiellement 7 banques spécialisées et 23 sociétés financières. La plupart de ces entités ont été créées par des banques commerciales de la place, ambitionnant d’élargir leur champ d’activité et de diversifier leurs sources de revenus. Priorité au financement à long terme La loi (décret 50/83) permet, dans la première moitié des années 80, l’établissement de banques spécialisées pour répondre aux besoins du marché en fonds à plus ou moins long terme. Ces banques, dites «banques d’affaires», «banques de crédit à moyen et long terme» ou encore «banques spécialisées», sont donc destinées à entreprendre des activités d’investissement à moyen et long terme que les banques commerciales ordinaires ne peuvent assumer, de par la loi ou du fait de leurs ressources, généralement à court terme et qui ne peuvent donc être remployées à moyen et long terme. Actuellement, la durée moyenne d’un dépôt bancaire auprès d’une banque commerciale est toujours inférieure à deux mois. Dans une banque d’affaires elle ne peut, selon la loi, être inférieure à six mois ; ne sont considérés comme prêts à moyen et long terme que les crédits dont 15% du principal au plus sont dus dans le courant des deux premières années suivant la date du contrat. Une vocation initiale dépassée Aujourd’hui, pourtant, les banques commerciales profitent de nombreux avantages précédemment limités aux banques d’affaires et qui les placent pratiquement sur un même pied d’égalité du moins en matière de crédits. Les prêts à moyen et long terme désormais accordés par les banques commerciales sont exemptés des réserves légales, ainsi que du calcul du ratio des emplois par rapport aux ressources. Il n’existe donc pas, au Liban, de ligne de démarcation précise entre la banque d’affaires et la banque commerciale : c’est le type d’activité qui est classé sous l’une ou l’autre de ces appellations. Bien qu’il existe des chevauchements, certaines activités, par exemple, relèvent de l’investissement pur et dur, et sont interdites aux banques commerciales. À titre d’exemple, les banques d’affaires de la place ont beaucoup plus de latitude que les banques commerciales pour les prises de participations dans les entreprises, quel que soit le secteur d’activité de ces dernières. De la banque commerciale à la banque d’affaires : une tendance dans l’air du temps À observer le marché financier libanais, on constate que la plupart des banques d’affaires ont été créées par des banques commerciales et y sont adossées. En fait, le développement poussé des marchés financiers internationaux et la globalisation des marchés, ainsi que les besoins croissants du marché libanais en matière d’instruments et de techniques financières plus élaborés, ont fait que les activités de banque d’affaires se sont peu à peu greffées sur celles des banques commerciales. L’entreprise est d’autant plus intéressante que les banques d’affaires sont exemptées d’impôts sur les sept premières années à partir de leur création. Selon leurs besoins, leur stratégie et leurs capacités, les banques libanaises les plus dynamiques ont créé des départements spécialisés au sein même de leur unité à vocation commerciale, soit monté des entités séparées (banque d’affaires ou société financière) dont l’activité vient en complément à celle de la banque originelle. Le premier cas est celui de la Banque Libano-Française et de la United Bank of Lebanon, tandis que la Banque d’Affaires du Liban et d’Outre-Mer, Audi Investment, la Crédit Libanais Investment Bank et La Financière Saradar font partie de la deuxième catégorie. Dans l’absolu, les professionnels du marché s’accordent à dire qu’il y a eu, dans le monde, un passage de la banque commerciale vers la banque d’affaires, du moins dans le sens des activités. On estime aujourd’hui qu’aux États-Unis, 70% du financement des entreprises s’opèrent par les marchés de capitaux, et donc en recourant aux banques d’affaires (au sens large du terme), tandis que 30% seulement proviennent du créneau commercial. En Europe, où le marché est moins développé qu’outre-Atlantique, ces proportions sont inversées. Au Liban, plus de 90% du financement des entreprises est encore assuré par les banques commerciales, ce qui implique que la tendance internationale doit encore être rattrapée. Cela devra se faire par le développement des activités des banques d’affaires.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Mises en veilleuse durant la guerre, les institutions financières spécialisées ont resurgi sur la scène économique libanaise avec le déclenchement du processus de reconstruction au début des années 90. Grâce à la volonté des autorités monétaires de développer le marché financier libanais et de renflouer les flux entrants de capitaux, elles sont aujourd’hui plusieurs à offrir des produits et des services allant des plus simples aux plus élaborés, aussi bien sur le marché national que sur les marchés internationaux. Pourtant, rares sont les non-professionnels qui connaissent avec précision l’univers d’activité des institutions financières en général, des banques d’affaires et des sociétés financières en particulier. Ce tour d’horizon du marché libanais, encore modeste mais prometteur, devrait vous...