La nomination de Mme Carla del Ponte procureur du Tribunal pénal international (TPI) de l’Onu marque un pas de plus sur le chemin, semé d’embûches, d’une accession de la Suisse aux Nations unies, ont déclaré hier des responsables et analystes. «Par cette nomination, la Suisse peut une nouvelle fois démontrer qu’elle soutient l’action de l’Onu», a dit le gouvernement dans une réaction. «C’est très postitif. C’est quelque chose de prestigieux sur le plan international», ajoute-t-on aux Affaires étrangères. «Il est difficile de dire si cela facilitera une pleine adhésion à l’Onu mais cela confirme que nous avons besoin d’une aide et de collaborer au niveau international pour lutter contre la criminalité», ajoute un responsable qui a demandé l’anonymat. Cette relative prudence diplomatique s’explique par la personnalité parfois controversée dans son propre pays du procureur général de la Confédération. Si ses qualités personnelles et professionnelles ont été largement reconnues à l’étranger, le style et la détermination de Mme Del Ponte à combattre le blanchiment d’argent sale dans le secret des banques suisses ne lui ont pas valu que des amis du coté de Zurich et Genève. La prudence de Berne s’explique aussi par la force du courant isolationniste dans les milieux politiques et dans l’opinion. Mais pour les partisans d’une ouverture plus large du petit pays neutre sur le monde, il s’agit d’une victoire. «Carla del Ponte est à l’envers de la Suisse avaricieuse et repliée : une partisane fonceuse de la coopération judiciaire internationale. Une justicière à la dégaine facile qui vous démolit d’un seul chargeur les excès du secret bancaire», écrit le quotidien Le Temps. «Si cette nomination n’est pas une bonne nouvelle pour la partie la plus obscure de l’Establishement helvétique, elle est au contraire un succès pour le Conseil fédéral (gouvernement) et sa diplomatie qui place enfin l’un des siens à un poste exposé», écrit le quotidien. «Il attend, et nous avec lui, qu’elle soit l’oasis dans le désert qui nous mène à l’Onu», conclut Le Temps. Car la désignation de Mme Del Ponte, 52 ans, pourrait être baptisée le paradoxe suisse : le nouveau procureur du tribunal de La Haye vient d’un des rares pays non membres de l’Onu. La Suisse contribue financièrement au TPI pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, comme à de multiples organisations et agences spécialisées des Nations unies. Elle se situe parmi les 14 plus importants financiers de l’organisation de 185 membres, avec près de 500 millions de FS (350 millions de dollars) par an. Mais elle n’a qu’un rang d’observateur à l’Assemblée générale et ne participe pas au Conseil de sécurité, ce qui l’exclut des décisions politiques. Le petit pays alpin paie parfois cher son isolement. Ni membre de l’Onu, ni de l’Union européenne ni de l’Otan, elle s’est trouvée sans allié dans la grande controverse qui l’a mise au banc des accusés dans l’affaire de l’or nazi et des fonds juifs. Le gouvernement souhaite une accession à part entière avant la fin de l’année 2003 et en a fait une de priorités de sa diplomatie. Une large majorité de 75 % de Suisses avait repoussé une première proposition d’adhésion par référendum en 1986. Berne estime que les chances d’une adhésion sont meilleures qu’il y a douze ans, la fin de la guerre froide ayant changé la donne. Pourtant, la neutralité suisse a peut-être joué en faveur de Mme del Ponte, désignée à l’unanimité par le Conseil de sécurité. Le procureur qui va être chargé d’instruire le dossier d’accusation du président Slobodan Milosevic vient d’un pays qui n’a pas participé aux bombardements de l’Otan, tout en condamnant l’action du dirigeant yougoslave au Kosovo et en appliquant les sanctions des Nations unies.
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