Les escarmouches entre le dirigeant palestinien Yasser Arafat et le Premier ministre israélien Ehud Barak sur le retrait israélien en Cisjordanie préludent à un véritable affrontement sur le statut définitif du territoire palestinien, estiment des analystes palestiniens. «Aussi bien M. Barak que M. Arafat doivent faire face à des positions contradictoires qui, un jour, mèneront à un affrontement entre les deux parties», explique M. Mohammed Hamza, directeur du Centre Maqdès d’études stratégiques basé à Gaza. «Tous deux savent que la bagarre entre eux est inévitable. Ce n’est qu’une question de temps», affirme-t-il. M. Barak, qui a pris ses fonctions le mois dernier, s’est publiquement engagé à appliquer l’accord de Wye Plantation signé en octobre 1998 par son prédécesseur Benjamin Netanyahu et gelé par la suite. Mais le Premier ministre a également affirmé qu’il voulait intégrer une partie du retrait en Cisjordanie stipulé par l’accord de Wye dans le cadre d’un accord de principe sur un règlement de paix définitif israélo-palestinien. Les négociations sur le règlement final qui, selon les accords d’Oslo de 1993, auraient dû être achevées en mai 1999, doivent porter sur des questions aussi délicates que le statut de Jérusalem, l’avenir des colonies juives, le sort des réfugiés palestiniens, le partage de l’eau, le tracé des frontières de l’entité palestinienne et les prérogatives de celle-ci. En fait, ces négociations n’ont jamais vraiment démarré. Mais M. Barak a affiché son intention de s’y atteler sérieusement. Dans ce contexte, la querelle israélo-palestinienne sur l’application de Wye est vue surtout comme une occasion pour les deux dirigeants de prendre la mesure l’un de l’autre. M. Arafat a accusé le chef du gouvernement israélien de vouloir se soustraire aux obligations contractuelles de son pays. Aux termes de l’accord de Wye, Israël aurait dû évacuer 13 % de la Cisjordanie avant janvier 1999, mais ne s’est en fait retiré que de 2 % du territoire. Le bureau de M. Barak a riposté en décrivant les Palestiniens comme non coopératifs et extrémistes. Finalement, M. Arafat a accepté que l’application de Wye ne commence qu’en septembre, mais un accord sur les modalités est encore loin d’être atteint. Pour M. Hamza, «M. Arafat va continuer à lutter pied à pied, car il veut une application complète des accords d’Oslo, qui auraient dû lui accorder 90 % de la Cisjordanie et de la bande de Gaza avant le début des négociations sur le statut final». La partie palestinienne affirme que les accords d’Oslo, qui stipulent qu’Israël redéploie ses troupes en Cisjordanie vers des «sites militaires spécifiques», ne devront laisser entre les mains de l’État juif que 10 % de la Cisjordanie. «Mais M. Barak ne veut pas donner aux Palestiniens plus de 50 % des territoires et veut obtenir un accord établissant les principes sur lesquels les pourparlers sur le statut final seront basés», affirme M. Hamza. Le ministre israélien à la Présidence du Conseil, M. Haïm Ramon, a affirmé lundi qu’Israël était déterminé à effectuer le dernier des retraits prévus par l’accord de Wye avant le 15 février de l’an 2000 au plus tard. Mais il a souligné que son gouvernement veut toujours lier ce retrait aux négociations sur le statut final. M. Arafat en revanche essaye d’aborder ces pourparlers dans une position relativement forte, c’est-à-dire en contrôlant le maximum de territoires.
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