La brusque disparition du soleil en plein jour a effrayé pendant des millénaires les hommes qui n’avaient trouvé qu’un remède : faire du bruit, beaucoup de bruit. Une méthode infaillible puisque le soleil réapparaissait au bout de quelques minutes… Cette technique, éprouvée sans doute depuis la plus haute Antiquité, était pratiquée aussi bien par les Chinois et les Égyptiens que par les Amérindiens ou les Scandinaves. Le plus souvent, les mythes attribuaient ce phénomène énigmatique aux méfaits d’énormes animaux fabuleux, dragons, serpents, grenouilles, jaguars, loups, qui cherchaient à dévorer le soleil et qu’il fallait coûte que coûte dissuader par un vacarme infernal. Adoptée par les Romains, la coutume survécut dans le monde occidental jusqu’au Moyen Âge malgré les violentes critiques de l’Église catholique qui s’élevait alors contre cette «superstition païenne». Le fait que la lune était impliquée dans cette occultation du soleil n’échappait pas à tout le monde. C’est ainsi que les Inuit (Esquimaux) voyaient dans la superposition des deux objets célestes un acte d’amour. En revanche, pour les Incas, il s’agissait d’un combat entre eux. En Mésopotamie, on se limitait à allumer des torches pour tenter de rallumer l’astre éteint. À de nombreuses reprises, les éclipses ont influé sur l’issue de guerres. En 431 avant notre ère, les Athéniens prirent, dit-on, la décision d’attaquer Péloponnèse à la suite de l’une d’elles. Un siècle et demi plus tard, les Mèdes et les Lydiens, en conflit depuis cinq ans, s’engagèrent dans une nouvelle bataille. D’un seul coup, la nuit tomba en plein milieu de la journée. Face à cet «avertissement du ciel», les belligérants déposèrent les armes et firent la paix. En outre, lorsqu’on savait déjà les prévoir, les éclipses ont parfois donné lieu à des prédictions alarmistes. Ainsi, pour celle prévue le 21 août 1560, on avait annoncé en France un grand bouleversement des États, la ruine de Rome et un déluge universel. À la veille de l’éclipse partielle du 12 août 1654, un tract basé sur une argumentation astrologique et faussement attribué à un savant italien, Andréas Argolin, sema la panique dans les pays germaniques puis en France, en présentant le phénomène comme le présage du Jugement dernier. Avant une autre éclipse partielle, le 1er avril 1764, les curés furent invités à «avertir le peuple que les éclipses n’ont aucune influence (sur l’homme) et sont des suites nécessaires du mouvement des corps célestes, aussi naturels que le lever ou le coucher du soleil ou de la lune». Mais les mythes et les vieilles peurs du soleil noir ont la vie dure, même en cette fin du deuxième millénaire.
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