Les perspectives mondiales de population sont avant tout des estimations : les tendances globales sont connues, mais il reste des incertitudes, surtout dues aux difficultés de recueil des données dans les pays en développement. Dans son travail de prospective, l’Onu émet toujours trois hypothèses – une croissance démographique élevée, moyenne et basse – et ces projections sont régulièrement réévaluées, en fonction des évolutions constatées. La croissance actuelle se situe entre les hypothèses moyenne et basse. «Vers 2000, il se peut que nous fassions quelques ajustements», mais «depuis 1950, on s’attend à six milliards d’habitants en 1999», résume Joseph Chamie, qui dirige la Division Population à l’Onu. Il ne faut cependant «pas être dupe» de la date précise fixée par l’Onu, le cap des six milliards (le 12 octobre 1999) : il ne s’agit que d’une date symbolique, souligne Alain Blum, de l’Institut national d’études démographiques (INED). Sur le terrain en effet, évaluer la population n’est pas toujours facile. L’Unicef rappelle qu’un tiers des 136 millions de naissances dans le monde ne sont pas enregistrées, souvent faute d’état civil. Beaucoup de pays n’ont pas non plus de recensement et quand ceux-ci existent, ils ne sont pas toujours fiables. Aux États-Unis, par exemple, les populations précaires sont «sous-estimées» car elles «sont mal touchées» par le recensement, rappelle Alain Blum. Pour l’Afrique subsaharienne, les démographes n’ont que des estimations, car le continent ne livre pas de bonnes statistiques, et il y demeure «l’immense inconnue des conséquences du sida», ajoute-t-il. La population chinoise est aussi sous-estimée, souligne Jacqueline Costa-Lascoux, du CNRS, notamment parce que des millions d’enfants nés hors quotas ne sont pas déclarés, tandis que dans les pays musulmans «les enfants nés hors mariage ne sont pas déclarés». De son côté, le démographe Youssef Courbage, de l’INED, a établi que l’Onu aurait surestimé de 36 millions d’habitants la population prévue en 2025 dans la grande région Méditerranée (pays arabes, Turquie, Iran et Israël), la fécondité des femmes urbaines s’étant révélée plus basse que prévu. À cela s’ajoutent des arrières pensées politiques : en Afrique, «on a vu des chefs d’État décider du nombre officiel de la population», rappelle Mme Costa-Lascoux. De même en Urss : en 1936, Staline avait décidé que la population était de 168 millions. Or, les résultats du recensement de 1937 ont livré des chiffres plus bas, à cause des morts de «la grande famine de 1933», rappelle Alain Blum. Staline a décidé de ne pas publier les chiffres, et a fait déporter les démographes.
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