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Actualités - Chronologie

Un siècle exceptionnel dans l'histoire de la population

Une vitesse de croissance jamais atteinte, mais aussi la faculté, sans précédent dans l’histoire humaine, de maîtriser la fécondité à grande échelle : pour la population mondiale, le 20e siècle aura constitué une étape exceptionnelle, qui aura changé le profil de l’humanité. «Nous venons de traverser une période étonnante», reconnaît le démographe Joseph Chamie, qui dirige la Division Population à l’Onu. Après «des millénaires de fatalité», renchérit Jacques Vallin, de l’Institut national d’études démographiques (INED), l’humanité a commencé à «considérer sa propre démographie d’une autre façon». Ce siècle aura d’abord été témoin d’un emballement de la croissance démographique. Il y a 2 000 ans, la population mondiale était estimée à 300 millions. En l’an 1000, elle n’était encore que de 310 millions, et il aura fallu plusieurs siècles pour atteindre le premier milliard, en 1804. Mais la présence de plus en plus d’êtres humains en âge de procréer a dopé la croissance, et le second milliard d’habitants a été franchi en 1927 (123 ans après). Le 3e milliard est arrivé encore plus vite, en 1960 (en 33 ans), le 4e milliard en 1974 (14 ans après) et le 5e milliard est survenu en juillet 1987 (13 ans après). Le 6e milliard, attendu à la fin de cette année, sera survenu en 12 ans, «la plus courte période de l’histoire», souligne Joseph Chamie. Mais le processus a atteint ses limites et les prochains milliards mettront un peu plus de temps à survenir : d’après l’Onu, le 7e milliard est attendu dans 14 ans en 2013, le 8e milliard 15 ans après, en 2028, et le 9e 26 ans après, en 2054. Pourquoi ce ralentissement ? Parce qu’entre-temps, plusieurs régions du monde ont entamé leur «transition démographique». Ce processus – une baisse de la mortalité due aux progrès en agriculture et en médecine, suivie d’une baisse de la fécondité – avait débuté en Europe au 18e siècle, mais ne s’est étendu au reste du monde qu’au 20e siècle. Seul ce siècle aura en effet permis de maîtriser scientifiquement la fécondité, grâce à des méthodes contraceptives modernes, adoptées en une génération seulement. Aujourd’hui, 60% des couples mariés de la planète planifient les naissances. Plus largement, le siècle aura connu une évolution culturelle sans précédent : progression de l’éducation, exigence de bien-être médical et social, et aspiration des femmes à l’autonomie. Ce changement de comportement est irréversible : après cette «révolution tranquille», la planète «ne retournera pas en arrière», résume Joseph Chamie. Mais la transition démographique n’est ni achevée ni uniforme. D’un côté, les pays industrialisés, et surtout l’Europe, ont porté leur fécondité à son niveau le plus faible : 1,5 enfant par femme. En revanche, les pays en développement, où vit 80 % de la population du monde, offrent un résultat contrasté. Une partie de l’Asie s’est engagée résolument dans une baisse de la fécondité (Chine : 1,8 enfant par femme, Thaïlande : 2, Indonésie : 2,8). L’Amérique latine (2,7) suit la même voie. Mais d’autres régions n’ont fait qu’amorcer le mouvement, et gardent un potentiel de croissance élevé : l’Afrique subsaharienne a une fécondité supérieure à 5 ou 6 enfants par femme, le Pakistan se situe à 5,6, le Bangladesh et l’Inde entre 3 et 4. Actuellement, les pays en développement concentrent 98 % de la croissance démographique mondiale. Et ce déséquilibre démographique en aggrave un autre, celui des inégalités de subsistance.
Une vitesse de croissance jamais atteinte, mais aussi la faculté, sans précédent dans l’histoire humaine, de maîtriser la fécondité à grande échelle : pour la population mondiale, le 20e siècle aura constitué une étape exceptionnelle, qui aura changé le profil de l’humanité. «Nous venons de traverser une période étonnante», reconnaît le démographe Joseph Chamie, qui dirige la Division Population à l’Onu. Après «des millénaires de fatalité», renchérit Jacques Vallin, de l’Institut national d’études démographiques (INED), l’humanité a commencé à «considérer sa propre démographie d’une autre façon». Ce siècle aura d’abord été témoin d’un emballement de la croissance démographique. Il y a 2 000 ans, la population mondiale était estimée à 300 millions. En l’an 1000, elle...