Richard Holbrooke est devenu au fil des ans l’une des principales personnalités de la diplomatie américaine par son style flamboyant coutumier des coups de gueule mais sachant recourir aussi, quand besoin est, à des manifestations de modestie extrême ou d’émotivité. «C’est avec la plus grande humilité que j’apparais aujourd’hui devant vous», déclarait ainsi en juin dernier un Richard Holbrooke presque penaud devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat. Le diplomate cherchait à lever les obstacles à sa confirmation au poste d’ambassadeur des États-Unis aux Nations unies. «Vous avez à plusieurs reprises violé la loi», le tançait, la voix sévère, le président de la Commission, Jesse Helms. L’incontournable et redouté sénateur lui reprochait plusieurs indélicatesses, comme celle d’avoir tiré profit de ses écrits ou discours tout en étant fonctionnaire du gouvernement. Richard Holbrooke courbait le dos devant les reproches, reconnaissait des erreurs et évoqua, les larmes aux yeux, la mémoire de son père. Bill Clinton avait dû déjà lui donner une tape dans le dos, en juin 1998, pour le réconforter, lorsqu’il s’était laissé aller à un moment d’émotion en parlant de son père dans la roseraie de la Maison-Blanche, au moment de sa désignation à son nouveau poste. Sincérité ou talents de comédien ? Toujours est-il que ce Richard Holbrooke ne ressemble guère à celui qui rencontra à plusieurs reprises le président yougoslave Slobodan Milosevic pour des missions de la dernière chance et où il déploya toutes ses qualités de pugnacité et de conviction. Richard Holbrooke avait encore été dépêché à Belgrade par Bill Clinton, en mars dernier, pour avertir le dirigeant yougoslave que les frappes de l’Otan allaient s’abattre sur son pays s’il n’acceptait pas l’accord de Rambouillet sur le Kosovo. Il n’était pas parvenu cette fois-là à convaincre le maître de Belgrade, comme il avait réussi à le faire, en novembre 1995, en arrachant sa signature aux accords de paix en Bosnie, à Dayton (Ohio). Le diplomate était alors secrétaire d’État adjoint pour les Affaires européennes et canadiennes. Cet accord de Dayton, qui mit fin à plus de trois années de guerre, demeure à ce jour son principal titre de gloire. Pas moins de trois semaines de négociations serrées, presque à huis clos sur une base aérienne, avaient été nécessaires pour convaincre Slobodan Milosevic et les autres protagonistes du drame bosniaque de mettre un terme à leurs hostilités. Richard Holbrooke devait quitter peu après le département d’État et retrouver le secteur privé. Mais il n’a jamais abandonné pour autant la diplomatie, se voyant confier plusieurs missions en Yougoslavie et même, un temps, le dossier chypriote. Aujourd’hui âgé de 58 ans, Richard Holbrooke a eu tout le temps de réfléchir à la nouvelle mission qui l’attend, plus d’une année ayant été nécessaire pour obtenir la confirmation du Sénat. Sa nomination intervient à un moment où les relations entre l’Onu et les États-Unis sont très difficiles, en raison de la dette américaine envers l’organisation internationale. L’administration tente vainement depuis des années de convaincre le Congrès, dominé par l’opposition républicaine, de donner son feu vert au paiement de cette dette, faisant valoir qu’il en va de l’influence des États-Unis au sein des Nations unies. Mais beaucoup au Congrès considèrent toujours l’Onu comme une institution dispendieuse et inefficace. Richard Holbrooke est père de deux garçons. Il est marié à une journaliste.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Richard Holbrooke est devenu au fil des ans l’une des principales personnalités de la diplomatie américaine par son style flamboyant coutumier des coups de gueule mais sachant recourir aussi, quand besoin est, à des manifestations de modestie extrême ou d’émotivité. «C’est avec la plus grande humilité que j’apparais aujourd’hui devant vous», déclarait ainsi en juin dernier un Richard Holbrooke presque penaud devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat. Le diplomate cherchait à lever les obstacles à sa confirmation au poste d’ambassadeur des États-Unis aux Nations unies. «Vous avez à plusieurs reprises violé la loi», le tançait, la voix sévère, le président de la Commission, Jesse Helms. L’incontournable et redouté sénateur lui reprochait plusieurs indélicatesses, comme celle d’avoir...