Les bijoux de fantaisie peuvent parfois être de véritables œuvres d’art. D’ailleurs, ces «colifichets», comme on les désigne péjorativement, ont attiré beaucoup d’artistes et en premier des surréalistes qui ont dessiné sans complexe de superbes modèles pour Schiaparelli, devenus aujourd’hui des pièces de musée. Aragon, Giacometti, Dali, Jean Cocteau, Hartung sont des signatures gravées sur certains de ces bijoux qui, aujourd’hui, acquièrent une valeur bien plus grande que s’ils étaient taillés dans de précieux métaux et ornés de gemmes rares mais dépourvus d’une aussi prestigieuse signature. C’est le cas pour le célèbre «œil de poisson», dont une larme est figurée par une perle, dessiné par Jean Cocteau. L’époque située entre les deux grandes guerres mondiales de ce siècle représente l’âge d’or de cette bijouterie d’art. À cause de la grande crise économique qui bannissait le grand luxe et grâce à la prodigieuse créativité des surréalistes, les dessinateurs de bijoux «fantaisie», pour ne pas utiliser le mot «faux bijoux» à connotation très dépréciative, sont allés très loin dans l’exploration imaginative, l’audace et l’exubérance. Ces créations très sophistiquées ont une valeur artistique incontestable. Clowns chamarrés, fleurs à mille pétales mêlant leurs couleurs, oiseaux exotiques, broches, boucles d’oreilles, breloques, peignes, pendentifs, exécutés souvent en cristal, métal doré, bakélite, ou même verre simple mais aussi en plumes ou en paille (raphia) sont devenus aujourd’hui des pièces de grande valeur recherchées par des collectionneurs du monde entier. Un des grands artisans de cette époque, Roger Jean-Pierre, véritable virtuose, était en même temps dessinateur et fabricant. Fournisseur de Balenciaga, d’Elsa Schiaparelli, Patou, Jean Dessés, il était aussi le réalisateur de créations restées célèbres. Roger Jean-Pierre travaillait surtout la pierre de cristal, dont il faisait ressortir la luminosité et créait des pièces en trois dimensions. Sa collaboration avec Manfred Swarovski lui a permis l’acquisition de pierres de taille et de couleurs tout à fait exceptionnelles. C’est cet artisan d’exception qui a le premier taillé, grâce à une technique particulière, un morceau de cristal en vingt-quatre facettes qu’il a appelé «brillon».
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