Les uns ont perdu la vue ou l’usage de leurs jambes, d’autres leur mari, leur père ou leur enfant dans l’explosion d’une voiture piégée près de l’ambassade américaine, en plein cœur de la capitale kenyane, le vendredi 7 août 1998. Un an après, les victimes de l’attentat le plus sanglant jamais commis en Afrique subsaharienne se mobilisent pour lutter contre l’oubli et obtenir de quoi reconstruire leur vie. La plupart des 213 morts et plus de 5 000 blessés étaient des passants ou des employés de bureau dans des immeubles voisins de l’ambassade, où 44 personnes, dont 12 Américains, ont été tuées. Les familles des employés de la représentation diplomatique ont reçu de l’ambassade des «paiements variés», en fonction des situations personnelles, a-t-on indiqué à l’ambassade. Les autres victimes ont bénéficié de l’assistance humanitaire qui a afflué vers le Kenya : frais médicaux pris en charge, soutien psychologique, distribution de nourriture. Ils ont également touché un petit pécule du gouvernement kenyan – environ 50 000 à 60 000 F pour chaque famille ayant perdu l’un des siens. Mais pour la plupart des victimes, cette aide ne suffit pas dans un pays où le produit national brut par habitant s’élève à 250 dollars par an et où n’existe aucune assurance sociale. Plus de 3 000 d’entre elles ont rempli un dossier pour réclamer des réparations au gouvernement américain, affirme l’avocat kenyan Muriithi Wanjau. Un avocat du barreau d’Oakland, John Burris, est venu «une première fois en décembre, nous avons étudié les lois des deux pays», raconte l’avocat kenyan. Finalement, trois firmes américaines et deux cabinets kenyans ont rassemblé les plaintes. Les avocats se basent sur le fait que l’ambassade américaine était située dans un lieu difficile à protéger, en plein centre-ville et que sa sécurité n’avait pas été améliorée, en dépit de plusieurs avertissements lancés par l’ambassadrice Prudence Bushnell. «Nous sommes en train d’établir la responsabilité du gouvernement américain», explique Me Wanjau, affirmant «ne pas pouvoir révéler encore les sommes demandées». Des contacts sont en cours avec les avocats du gouvernement, précise-t-il. Affaire juteuse Pour les hommes de loi américains, l’affaire peut être juteuse puisqu’ils ont prévu de se payer avec 25 % de toute réparation qu’ils obtiendraient. «Le gouvernement américain avait été averti des risques, pourquoi ne nous dédommagerait-il pas ?», affirme de son côté l’un des plaignants, qui préfère garder l’anonymat de peur de perdre l’accès à certaines aides. «Les États-Unis sont un pays riche, ils doivent nous aider à redémarrer. Moi, j’ai perdu un être cher et je suis sans revenus parce que leur ambassade était mal protégée», ajoute cette victime. «J’ai rempli le dossier mais je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise cause», tempère cet autre plaignant. «Nous sommes également des victimes», rétorque Stanley Dunn, qui coordonne l’aide humanitaire fournie par l’Agence américaine pour le développement international (Usaid). «C’est comme si un agresseur vous tire dessus et blesse une autre personne. Cette autre victime va-t-elle vous faire un procès ?», interroge-t-il. «Nous ne nous sentons pas responsables juridiquement, mais nous voulons aider», précise-t-il. Au total, les États-Unis ont débloqué 42 millions de dollars, dont 9 millions seront consacrés à une aide sociale et médicale aux victimes et 28 millions à la reconstruction des bâtiments et aux entreprises. Cette aide permettra notamment de prendre en charge les frais de scolarité de 800 enfants de victimes pendant trois ans. «Nous ne remplaçons pas 100 % des pertes, mais nous essayons d’aider les gens à repartir avec leur vie», ajoute-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les uns ont perdu la vue ou l’usage de leurs jambes, d’autres leur mari, leur père ou leur enfant dans l’explosion d’une voiture piégée près de l’ambassade américaine, en plein cœur de la capitale kenyane, le vendredi 7 août 1998. Un an après, les victimes de l’attentat le plus sanglant jamais commis en Afrique subsaharienne se mobilisent pour lutter contre l’oubli et obtenir de quoi reconstruire leur vie. La plupart des 213 morts et plus de 5 000 blessés étaient des passants ou des employés de bureau dans des immeubles voisins de l’ambassade, où 44 personnes, dont 12 Américains, ont été tuées. Les familles des employés de la représentation diplomatique ont reçu de l’ambassade des «paiements variés», en fonction des situations personnelles, a-t-on indiqué à l’ambassade. Les autres victimes ont...