Washington tente désormais d’acculer Moscou sur la crise au Kosovo, en brandissant l’inculpation du président yougoslave Slobodan Milosevic pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre comme la justification ultime des bombardements de l’Otan. Afin de contrer les objections russes non seulement à la campagne aérienne de l’Alliance atlantique mais aussi à l’annonce du TPI, le département d’État a rappelé que les accusations à l’encontre des dirigeants yougoslaves avaient reçu l’imprimatur de Moscou. «Les crimes de guerre serbes (...) ont été confirmés au sommet par un tribunal international pour lequel la Russie a voté, que la Russie a soutenu aux Nations unies», a déclaré le porte-parole du département d’État, James Rubin. «La raison d’être de l’action de l’Otan apparaît maintenant plus clairement avec l’inculpation d’un tribunal indépendant de l’Onu», a-t-il ajouté. Moscou n’a pas semblé toutefois mordre à l’hameçon et, dans un communiqué, le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré que cette décision avait été prise pour des «raisons politiques» et qu’elle allait «torpiller l’autorité» du tribunal de l’Onu. À Washington, la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright a souligné pour sa part la légitimité du TPI. «Nous pensons que le TPI fait partie intégrante du système international et du système des Nations unies et il a été mis en place par une résolution du Conseil de sécurité», a-t-elle dit, au cours d’une conférence de presse conjointe avec le ministre canadien des Affaires étrangères Lloyd Axworthy. Si le TPI a été mis en place en 1993 par le Conseil de sécurité de l’Onu, Moscou – qui, avec Pékin, a voté pour – peut légitimement s’interroger sur le caractère vraiment «international» de ce tribunal. Le procureur actuel du TPI, Louise Arbour, est de nationalité canadienne et est aussi pressentie pour un siège à la Cour suprême du Canada. Et de l’aveu même de Washington, la plupart des preuves mises à sa disposition pour justifier l’inculpation de Milosevic ont été transmises par les États-Unis, leader autoproclamé de l’Alliance atlantique. «On peut dire que nous sommes le principal fournisseur d’éléments de preuve au tribunal», a déclaré M. Rubin. Les Russes, de plus en plus excédés par la tournure des choses, ont d’ailleurs durci le ton. L’émissaire envoyé spécial russe pour la crise en Yougoslavie, Viktor Tchernomyrdine, a enjoint l’Otan à mettre fin à ses bombardements, pour éviter un retrait de la Russie des négociations de paix sur le Kosovo. «Je juge nécessaire de dire qu’à moins d’un arrêt des raids, je conseillerai au président de la Russie de suspendre la participation russe dans le processus de négociations, de mettre fin à toute coopération militaire et technologique avec les États-Unis et l’Europe occidentale, de suspendre la ratification de l’accord Start II et d’utiliser le veto de la Russie lors des débats de l’Onu sur la Yougoslavie», écrit l’ancien Premier ministre russe dans une tribune publiée jeudi dans le Washington Post. «Il est impossible de parler de paix quand les bombes sont en train de tomber. C’est maintenant clair», ajoute-t-il, en évoquant même l’hypothèse d’une rupture totale dans les négociations américano-russes sur le désarmement. «Durant cette décennie, le monde n’a jamais été aussi près qu’aujourd’hui d’une guerre nucléaire», conclut-il. Mais à Washington, de Bill Clinton à Madeleine Albright, les responsables américains répétaient que les frappes de l’Otan allaient se poursuivre, même si on assurait suivre avec intérêt les efforts diplomatiques en cours dans les discussions tripartites menées par M. Tchernomyrdine, le président finlandais Martti Ahtisaari, représentant de l’Occident sur le Kosovo, et le secrétaire d’État adjoint américain Strobe Talbott.
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