Les Américains écrasent de leur supériorité technique les Européens dans la guerre aérienne sans précédent menée au cœur de l’Europe depuis le 24 mars par les 19 pays occidentaux composant l’Otan. Le conflit est dirigé d’Italie par un état-major de l’Alliance spécialisé dans la direction des opérations aériennes. Le ballet aérien, auquel participe près d’un millier d’avions et d’hélicoptères, est réglé comme du papier à musique, indique-t-on dans les états-majors occidentaux où l’on veut oublier les «bavures». Depuis le début de la guerre, l’Otan a reconnu six bombardements ratés, ayant tué, selon Belgrade, au moins 227 civils. Au cœur du système informatique chargé en Italie de planifier les missions aériennes, figurent des ordinateurs ultramodernes américains très performants, ajoute-t-on de mêmes sources. Plusieurs données sont entrées dans la «machine» – type d’avions, vitesse, base de départ, points de passage obligés (pour être ravitaillés en vol), cibles, etc – et celle-ci produit quelques minutes plus tard «des plans de vol» pour chaque appareil. Depuis plusieurs jours, quelque 600 sorties aériennes (avions de combat plus appareils de soutien, ravitailleurs, brouilleurs, avions-radar, etc) sont organisées par 24 heures vers la Yougoslavie, un pays relativement petit. Les Américains ont une maîtrise incomparable, qui bluffe les Européens, pour orchestrer une multitude de vols simultanés. Certains alliés de Washington considèrent toutefois être meilleurs lorsqu’il faut, au pied levé, envoyer tel avion sur tel objectif non prévu à l’avance. Sur près d’un millier d’appareils engagés, les États-Unis en ont fourni les deux tiers, incluant des bombardiers stratégiques B1 et B2 et des avions furtifs F-117, sans équivalent dans les armées européennes. Ils ont aussi des A-10 «tueurs de chars» et ont envoyé 24 hélicoptères de combat Apache en Albanie. L’Europe ne dispose pas à ce jour d’unités de ce type. Quelques alliés, mais pas tous, ont par ailleurs des avions de guerre électronique, chargés d’écouter et de brouiller les communications ennemies. Les États-Unis ont des Prowler, l’Allemagne et la Grande-Bretagne des Tornado, mais la France a choisi, faute de crédits, de miser dans ce domaine sur la protection de ses appareils. Elle serait sur ce plan plus performante que les autres. La domination américaine semble aussi quasi totale en matière d’armes. Seuls les Américains et les Britanniques ont eu recours à des missiles de croisière, de fabrication américaine. Depuis le 24 mars, les bombes larguées en Yougoslavie sont «à 90 %» guidées par laser, indique un spécialiste. Elles sont surtout américaines. En France, une entreprise fabrique des bombes guidées au laser mais elles font 1 000 kg et se révèlent parfois trop grosses pour les objectifs visés. En conséquence, les Français utilisent des bombes de 250 kg, de fabrication américaine, achetées aux États-Unis. Dans ce domaine des engins guidés, les États-Unis ont aussi une longueur d’avance sur les Européens. Les bombes utilisées par ces derniers sont en effet tributaires d’un «éclairage» au laser préalable de la cible. Trois possibilités pour cet «éclairage» : il peut être effectué par un homme au sol, un deuxième avion ou par l’avion porteur de la bombe. Inconvénient majeur : le laser est sensible à l’humidité, qui peut provoquer une déviation de la trajectoire de l’arme. En Yougoslavie, les États-Unis ont fait larguer à leurs B1 et B2 des bombes guidées totalement autonomes, capables de s’affranchir totalement des conditions météorologiques, selon un spécialiste. Dimanche soir, pour la première fois depuis le début du conflit, les États-Unis, encore eux, ont eu recours à «une arme spéciale, ultrasecrète» pour perturber le réseau haute tension en Yougoslavie. Le gigantesque court-circuit qui a suivi a été provoqué, selon des diplomates à Bruxelles, par l’explosion en altitude de bombes au graphite, libérant un «nuage de poussière isolante empêchant la diffusion d’électricité». Aucun allié de Washington ne semble disposer d’une telle arme.
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