Au XVIIIe siècle, le shogun Tsunayoshi Tokugawa avait ordonné aux Japonais de montrer le plus profond respect aux poissons, aux oiseaux et aux chiens, sous peine de sévères punitions. Trois cents ans après, Tsunayoshi, surnommé le «seigneur aux chiens», ne pourrait que se féliciter de l’engouement, parfois jugé excessif, qui a saisi son peuple pour les animaux domestiques. De plus en plus de Japonais offrent désormais à leurs animaux les mêmes conditions de vie qu’aux humains avec des séances d’acupuncture et d’aromathérapie, des aliments de gourmet et même des cartes de visite personnalisées. Gulliver, une petite imprimerie de Yokohama, au sud de Tokyo, a ainsi reçu quelque 130 commandes de cartes pour chien ou chat ces douze derniers mois. Ces cartes affichent une photo couleur de la bonne gueule de l’animal ainsi que son adresse, le numéro de téléphone de ses maîtres et son surnom. Une commande de 100 exemplaires coûte 8 000 yens (64 euros). Pour Takashi Miyazaki, le patron de Gulliver, «de plus en plus de gens veulent considérer leurs animaux comme de véritables êtres humains» dans un pays qui possède l’un des taux de natalité parmi les plus faibles du monde et compte de plus en plus de personnes âgées. «Elles ne veulent pas seulement garder chez elles des photos de leurs compagnons mais aussi les montrer avec fierté à leurs amis et connaissances», explique-t-il. La société Marubeni Chemix, de Tokyo, a saisi un autre créneau porteur en commençant à vendre, ce mois-ci, des bouteilles d’eau minérale parfumée au bœuf pour les chiens et au poisson pour les chats. Comme pour les humains, l’eau est également enrichie avec des minéraux, des vitamines et des acides aminés. Auxquels sont ajoutés des extraits de thé vert et de légumes afin d’épargner aux humains de trop mauvaises odeurs de bœuf froid Boom sur la santé Marubeni Chemix se frotte les mains car la demande est «énorme» pour ces bouteilles d’eau vendues au prix de 500 yens (4 euros) le un litre et demi, reconnaît Teijiro Tamai, l’un des responsables. Le prix, assez élevé, ne semble pas dissuasif. «Ceux qui pensent que ce produit est trop cher ne sont pas nos clients», selon M. Tamai. La santé des animaux est un autre secteur en plein boom sur l’archipel. À la clinique des animaux de Yamaguchi, à Tokyo, Cyclone, un Retriever de quatre ans, garde tranquillement les paupières fermées alors que le vétérinaire lui enfonce des épingles d’acupuncture dans les poils de son dos. Les battements calmes de son cœur sont contrôlés sur l’écran placé à côté de la table. «Comme les animaux vivent de plus en plus dans les maisons, ils deviennent des membres de la famille à part entière», souligne Masaru Yamaguchi, le vétérinaire. Il exerce ses talents d’acupuncteur sur les chiens mais aussi les chats et les lapins pour un prix minimum de 5 000 yens (40 euros) la séance. «J’ai appris la médecine vétérinaire occidentale mais j’ai décidé de la compléter avec des techniques de soin orientales», indique-t-il. «Les remèdes orientaux préfèrent soigner en utilisant la puissance et la force que possède l’animal à l’intérieur de lui-même alors que la médecine occidentale combat le mal avec des médicaments et des antibiotiques». Son agenda ne désemplit pas car, comme les hommes, les animaux vivent plus vieux. Ils développent donc plus fréquemment des maladies comme les diabètes, les hernies ou les cancers, qui nécessitent des visites fréquentes sur la table du vétérinaire.
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