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Actualités - Chronologie

Une découverte ordinaire

Un trou au milieu d’un champ de blé, de coquelicots, bleuets et marguerites. De la terre fraîchement remuée, un fémur de vache exhumé par un chien errant, et en dessous, redoutent les villageois de Suteska, des cadavres d’hommes. «Pourquoi les policiers serbes auraient-ils enterré une vache, si ce n’est pour cacher en dessous des cadavres humains. Dix-sept personnes manquent dans le village», dit Ejup Gashi. Parmi elles, sa mère, qui était âgée de 80 ans. Au bord du champ de blé, en contrebas de la route, une autre fosse, à la terre fraîche. Ici aussi, un chien a dévoré un membre du cadavre, mais, cette fois, il s’agit d’un bras humain. À côté, une veste bleue déchirée. «On pense qu’il y a au moins trois autres cadavres en dessous», explique Ejup. La fosse a été découverte la veille au soir par un villageois. Au-dessus d’elle, de l’autre côté de la route, et cachée sous des arbres, une position qui était tenue par des policiers serbes. Les villageois ont signalé leur macabre découverte à des soldats britanniques de la Kfor qui sont passés sur cette route qui mène à Pristina, la zone qu’ils contrôlent. «On ne touche à rien, on attend que des experts viennent», disent les villageois. «Et puis, ajoutent-ils, on a peur que les cadavres soient piégés». À dix mètres, deux maisons incendiées, dont celle du frère d’Ejup. Elles étaient occupées par les Serbes, qui les ont incendiées avant de partir. Les villageois n’osent y pénétrer, à cause des mines. Dans la maison d’Ejup, plus haut, une dizaine d’hommes sont assis sur les coussins. Seule décoration de la pièce sobre : l’aigle albanais, noir et à deux têtes. Parmi eux, Basri Lazani, qui attend la Kfor. «Je crois que l’un des cadavres enterrés est celui de mon cousin disparu, Mehmet Gajtani». Ils élèvent à peine le ton lorsqu’on leur demande si, après le départ de Slobodan Milosevic et dans une Yougoslavie démocratique qui respecterait les identités nationales et les droits de l’homme, ils pourraient cohabiter avec les Serbes. Tous les dix disent que c’est inimaginable. Plus tard, deux paysans traversent le champ de blé, faux sur l’épaule. Ils aperçoivent deux véhicules de la Kfor, les arrêtent et leur désignent les deux fosses. Les soldats britanniques prennent note, repartent. Plus d’une centaine de fosses communes et charniers ont été déjà recensés au Kosovo.
Un trou au milieu d’un champ de blé, de coquelicots, bleuets et marguerites. De la terre fraîchement remuée, un fémur de vache exhumé par un chien errant, et en dessous, redoutent les villageois de Suteska, des cadavres d’hommes. «Pourquoi les policiers serbes auraient-ils enterré une vache, si ce n’est pour cacher en dessous des cadavres humains. Dix-sept personnes manquent dans le village», dit Ejup Gashi. Parmi elles, sa mère, qui était âgée de 80 ans. Au bord du champ de blé, en contrebas de la route, une autre fosse, à la terre fraîche. Ici aussi, un chien a dévoré un membre du cadavre, mais, cette fois, il s’agit d’un bras humain. À côté, une veste bleue déchirée. «On pense qu’il y a au moins trois autres cadavres en dessous», explique Ejup. La fosse a été découverte la veille au soir par un...