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Actualités - Reportages

Les pompiers rescapés racontent

À l’entrée de la caserne des pompiers, à la Quarantaine, quatre casques sont exposés sur une table en plastique couverte d’un drap blanc. Ils appartenaient aux martyrs de la brigade tombés dans la nuit jeudi vendredi à Jamhour : le sergent-chef Talal Dia et les trois pompiers Nadim Hajj Hassan, Bassel Yatim et Wissam Chaaban. Onze blessés, faisant partie de la même équipe, sont soignés dans les hôpitaux de la ville ; plusieurs d’entre eux sont dans un état critique. Mercredi soir, la cible du deuxième bombardement de l’aviation israélienne de la station électrique de Jambour n’était pas un groupe électrogène ou une citerne de fuel-oil mais des pompiers arrivés sur place pour circonscrire le sinistre allumé par le premier pilonnage. L’ambiance est à la tritesse à la caserne des pompiers de la Quarantaine. Le chef assiste aux obsèques de l’une des victimes. Les pompiers de permanence se regardent en silence. Les voitures rouges touchées par les bombardements sont stationnées dans la cour de la caserne, vitres brisées, tôle criblée d’éclats d’obus. Jamais la brigade n’a connu de telles pertes, même durant les années plus sombres de la guerre. À l’époque, plusieurs pompiers avaient été grièvement blessés. En 17 ans, quatre pompiers avaient perdu la vie. La dernière victime était tombée en 1984. Dans la nuit jeudi au vendredi, seuls neuf des vingt-quatre pompiers de l’équipe sont rentrés sains et saufs de leur mission. Ils avaient été la cible des pilonnages quelques minutes après leur arrivée à Jamhour, avant même d’entamer leur travail. Seuls, sans aucune aide, les corps ensanglantés et les membres brisés, ils se sont traînés jusqu’aux ambulances de la Défense civile, où ils ont attendu une dizaine de minutes. «Les conducteurs des ambulances et toutes les personnes qui étaient à l’intérieur de la station ont pris la fuite quand ils ont entendu les avions israéliens voler à basse altitude nous sommes les seuls à être restés sur place», raconte un blessé. Les pompiers légèrement blessés pensent surtout à leurs camarades qui ont trouvé la mort hier. «Deux d’entre eux étaient à quelques pas de moi. Le souffle de l’explosion les a pulvérisés et projetés vers un générateur d’électricité dans le foyer de l’incendie», raconte Dany Abou Daher, admis à l’hôpital du Sacré-Cœur. Dany, qui n’était pas de permanence ce jeudi soir. Il a vu l’incendie à la télévision et c’est dans sa voiture qu’il s’est dirigé de sa maison à Sin el-Fil vers Jamhour. «J’ai attendu mes camarades à l’entrée de la station, dit-il. Au moment des bombardements, nous nous apprêtions à tendre les lances», ajoute-t-il. Quand Dany a entendu l’explosion, il s’est allongé par terre. «J’ai vu mes amis en proie des flammes et j’ai cru que j’étais mort», raconte-t-il. Apprendre la nouvelle par la télé Quelques instants plus tard, il se lève, regarde son camarade Daniel, debout à quelques mètres de lui. «Il était dans un état de choc, j’avais peur d’être la cible d’un autre obus, je ne voulais plus m’attarder, mais il fallait que je le traîne avec moi vers l’ambulance», dit-il. L’ambulance était vide : chauffeurs et infirmiers avaient fui. «Tout le monde avait déserté les lieux», confirment des témoins. Daniel Habib a 26 ans. Pour quelques instants, cette nuit-là, la vie s’est arrêtée pour lui. «Nous étions cinq voitures de pompiers, ils nous ont dit d’éteindre vite l’incendie car les avions israéliens survolaient de nouveau le périmètre de la station», raconte-t-il. Au moment des bombardements, il s’apprêtait à éteindre un transformateur en flammes. «C’est comme si mon cerveau s’était arrêté de fonctionner pour quelques secondes, longues comme une éternité, je pensais que ma vie était finie, dit-il. J’ai vu la manche de ma veste tomber, j’ai senti mon dos brûler». Daniel s’approche alors de la lance d’eau, il s’allonge par terre et éteint les flammes qui brûlent son corps. Il se relève, regarde autour de lui. «L’endroit était désert», note-t-il. Son camarade Dany le prend par la main et se dirige vers l’ambulance. À l’hôpital du Sacré-Cœur, à Hazmieh, Daniel demande à l’interne d’appeler ses parents et d’annoncer la nouvelle à son frère «mais pas à ma mère car elle s’inquiétera». Personne ne répondait à la maison. Sa famille avait appris la nouvelle par la télévision. «On montrait les images des bombardements et nous avons vu Daniel transporté sur un chariot de l’hôpital», dit son frère, en précisant que «le trajet Achrafieh-Hazmieh nous a pris trois minutes». Michel Abou Mechreck (23 ans) se rappelle vaguement de l’accident. «Arrivés à Jamhour, ils nous ont bombardés, quatre personnes avec nous sont mortes sur le coup ; ensuite je me suis retrouvé aux urgences de l’hôpital». Hassan Abboud (22 ans), qui vit avec sa tante à Beyrouth, est originaire du Liban-Sud. Comme ses camarades, il s’est traîné jusqu’à l’une des ambulances. Dany, Daniel, Michel et Hassan sortiront bientôt de l’hôpital. D’autres blessés sont dans un état critique. Certains sont inconscients. Le dos courbé et en larmes, leurs parents attendent devant les salles de soins intensifs…
À l’entrée de la caserne des pompiers, à la Quarantaine, quatre casques sont exposés sur une table en plastique couverte d’un drap blanc. Ils appartenaient aux martyrs de la brigade tombés dans la nuit jeudi vendredi à Jamhour : le sergent-chef Talal Dia et les trois pompiers Nadim Hajj Hassan, Bassel Yatim et Wissam Chaaban. Onze blessés, faisant partie de la même équipe, sont soignés dans les hôpitaux de la ville ; plusieurs d’entre eux sont dans un état critique. Mercredi soir, la cible du deuxième bombardement de l’aviation israélienne de la station électrique de Jambour n’était pas un groupe électrogène ou une citerne de fuel-oil mais des pompiers arrivés sur place pour circonscrire le sinistre allumé par le premier pilonnage. L’ambiance est à la tritesse à la caserne des pompiers de la...