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Actualités - Chronologie

Les guetteurs de l'enfer(photo)

Un caillou contre la porte, un bref sifflement dans la nuit. Et les hommes qui fuient vers la rivière, à travers les jardins. Pour sauver leurs vies, les Kosovars du quartier de Lukaci, à Djakovica, comptaient sur leur réseau de guetteurs. Aujourd’hui, ce sont autant de témoins à la disposition des enquêteurs internationaux. Cette ville de l’ouest du Kosovo, en partie rasée par les incendies, a été à partir du 24 mars le théâtre de tellement d’atrocités qu’elle a été surnommée le cœur des ténèbres. Mercredi, des policiers américains du FBI ont commencé leur enquête dans la cave d’une salle de billard où une vingtaine de femmes et d’enfants ont péri brûlés vifs, le 1er avril, lors de l’assaut des forces serbes. «Nous n’avions pas d’armes à Lukaci, pas de gars de l’UCK. Nous savions que quand les Serbes viendraient, la seule issue serait la fuite», raconte Fakredin Kreleshi, 60 ans. «Alors dans chaque maison, pour chaque famille, il y avait un guetteur». «Nous laissions toujours la fenêtre de derrière ouverte. Lorsque les voitures de police approchaient, nous prévenions les voisins et filions de jardin en jardin jusqu’au lit de la rivière», poursuit-il. Scènes d’horreur Même serrées, ses mains tremblent. L’alerte était donnée par un court sifflement ou un jet de pierre. Jours et nuits, les vigies se sont relayées, à l’affût derrière les haies, les murs, les fenêtres des greniers. Mehmet Krastati, 47 ans, raconte la course vers «les fourrés le long de la rivière, où nous jouions enfants». Sa voix se brise en un sanglot. «Mon neveu de treize ans... Je ne savais que faire... Lui dire de rester avec les femmes ou l’emmener avec nous. S’il restait, les Serbes pouvaient le tuer. S’il venait, il aurait pu pleurer, crier, dévoiler notre cachette. Je lui ai dit de rester». «Nous pensions qu’ils ne toucheraient pas aux femmes et petits», explique Enver Nuci, 52 ans. «Seuls les hommes fuyaient par les jardins. Les autres se regroupaient dans les caves, à plusieurs familles. Mais ici, ils ont jeté au moins deux grenades par les soupiraux : j’ai entendu les explosions. Puis les hurlements». Il assure avoir perdu sa mère et une sœur dans ce petit sous-sol entièrement calciné. Au fond, on devine un lit, des piles de vêtements carbonisés, des bouteilles. Près de l’entrée, trois petits chaussons noircis. Selon les premiers témoins, qui ont enterré les restes, seule une main d’enfant avait échappé aux flammes. Trois policiers du FBI, mandatés par le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie (TPI), commencent les constatations, interrogent les voisins. Ils se refusent «pour l’instant» à tout commentaire. «Je pense qu’ils ont fait cela pour vider les lieux, pousser tout le monde à partir pour l’Albanie», accuse Enver Nuci. «Nous sommes l’une des premières maisons du quartier. Cela a marché : comme les femmes et les enfants n’étaient pas épargnés, nous sommes presque tous partis. Je suis rentré il y a deux jours».
Un caillou contre la porte, un bref sifflement dans la nuit. Et les hommes qui fuient vers la rivière, à travers les jardins. Pour sauver leurs vies, les Kosovars du quartier de Lukaci, à Djakovica, comptaient sur leur réseau de guetteurs. Aujourd’hui, ce sont autant de témoins à la disposition des enquêteurs internationaux. Cette ville de l’ouest du Kosovo, en partie rasée par les incendies, a été à partir du 24 mars le théâtre de tellement d’atrocités qu’elle a été surnommée le cœur des ténèbres. Mercredi, des policiers américains du FBI ont commencé leur enquête dans la cave d’une salle de billard où une vingtaine de femmes et d’enfants ont péri brûlés vifs, le 1er avril, lors de l’assaut des forces serbes. «Nous n’avions pas d’armes à Lukaci, pas de gars de l’UCK. Nous savions que...