Moscou, qui a cédé de grandes concessions aux Américains en signant à Helsinki un accord de compromis sur sa participation à la force de paix au Kosovo (Kfor), gardait la tête haute, soucieuse notamment de convaincre les sénateurs du Conseil de la Fédération d’avaliser le document. «Nous avons obtenu une participation digne de notre pays dans les opérations de paix, qui se feront sur la base d’une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu», a assuré le ministre des Affaires étrangères russe Igor Ivanov. «Nous avons réussi à réaliser intégralement toutes les directives du président russe. Nos intérêts et nos droits ont été pris en compte», a-t-il insisté, quelques heures après son retour de la capitale finlandaise. Boris Eltsine est ainsi «favorable à l’accord», a assuré le Premier ministre Sergueï Stépachine à Cologne. Alors que la Russie réclamait haut et fort un secteur de responsabilité autonome au Kosovo, les négociateurs russes ont obtenu que leurs troupes partagent trois des cinq secteurs définis par l’Otan au Kosovo : l’américain (est de la province), le français (nord) et l’allemand (sud). Par ailleurs, Moscou exigeait un commandement russe, alors que Washington insistait pour un commandement unifié de la Kfor, sous l’autorité de l’Otan. Un compromis habile rappelant la formule existant déjà en Bosnie a été trouvé durant les trois jours de pourparlers-marathons à Helsinki: il prévoit que les forces russes soient sous «contrôle opérationnel russe» tout en étant «sous contrôle tactique de la Kfor», selon les termes utilisés par le secrétaire américain à la Défense, William Cohen. Ce qui a permis à M. Cohen comme à son homologue russe Igor Sergueïev de se dire «satisfait» de l’accord. Étonnamment, le président de la Douma (chambre basse du Parlement) à majorité communiste, Guennadi Seleznev, s’est montré convaincu par les arguments du maréchal, estimant le document «raisonnable». Le commandement des 3 600 soldats russes de la Kfor (et non pas 5 000 à 10 000 hommes comme les Russes l’envisageaient dernièrement) «sera à nous» et les dirigeants de ces hommes dépendront «directement du ministère de la Défense» russe, s’est félicité M. Seleznev. «C’était une des trois options qui avaient été proposées par la Russie», a ajouté un des rares responsables qui ait commenté l’évènement à Moscou. Soulignant encore : «Elle doit permettre d’éviter une situation qui rappellerait la partition de l’Allemagne», reprenant au compte de la Russie un danger que Washington ne cessait de brandir. Mardi, les députés de la Douma, qui se sont montrés encore plus virulents contre l’Otan durant les frappes aériennes sur l’allié serbe, ont invité MM. Ivanov et Sergueïev à venir s’expliquer sur les termes de l’accord. Les discussions ne devraient pas manquer d’être houleuses, selon les observateurs. Mais «la Douma ne compte pas», explique le spécialiste des questions de défense du journal Segodnia, Pavel Felgenhauer. Pour lui, la vraie question est la position des gouverneurs qui doivent ratifier le texte et dont la fidélité traditionnelle à Boris Eltsine s’est largement émaillée ces derniers temps. «Il risque d’y avoir quelques difficultés» à faire voter le texte, prévient l’expert, lui-même très négatif sur l’accord. Les négociateurs russes ont «tout cédé car il fallait que le texte soit prêt dimanche pour la rencontre entre Boris Eltsine et Bill Clinton», assure M. Felgenhauer. Une idée partagée par le quotidien russe Kommersant. «Le fait que Boris Eltsine ait confirmé son intention de se rendre à Cologne au sommet du G8 montre que Moscou était prête à des concessions raisonnables pour trouver un accord avec l’Otan», souligne le journal. Le quotidien d’affaires raconte que les ministres russes étaient prêts à quitter Helsinki dans la nuit de jeudi à vendredi mais ont changé d’avis après une conversation avec Moscou. MM. Ivanov et Sergueïev ont reçu l’ordre de Moscou de rester, ce qui signifiait «trouver un accord presque à n’importe quel prix», estime Kommersant.
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