Les conflits armés sont loin d’avoir perdu de leur intensité en Afrique en 1998 et ont provoqué de «nouvelles violations effroyables» des droits de l’homme, notamment dans la région des Grands Lacs, selon le rapport d’Amnesty International. «Les auteurs de ces agissements», autorités légales ou groupes rebelles, «ont rarement été déférés à la justice», déplore l’organisation. En 1998, «la région des Grands Lacs était toujours le théâtre d’atteintes généralisées aux droits de l’homme», affirme le rapport. En République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), «des milliers de personnes, dont des centaines de civils, ont été victimes d’homicides délibérés et arbitraires. Des centaines de défenseurs des droits de l’homme et de personnes soupçonnées d’être des opposants aux gouvernements ont été arrêtés», dit Amnesty. «Plus de 100 condamnés à mort ont été exécutés» par le régime au pouvoir à Kinshasa, «ce qui constitue une nette augmentation par rapport à ces dernières années», note le rapport. Au Congo voisin, «les forces gouvernementales et les forces armées d’opposition ont mené une campagne délibérée de massacres et d’enlèvements de civils», tout comme au Rwanda et au Burundi, où des milliers de civils non armés ont été tués par l’armée régulière et les soldats rebelles. En Sierra Leone, «les forces rebelles de l’Armed Force Revolutionary Council (AFRC) et du mouvement armé d’opposition Revolutionary United Front(RUF) se sont livrées tout au long de l’année à des atteintes flagrantes aux droits de l’homme commises sur une grande échelle, tuant et mutilant des milliers de civils, y compris de nombreux enfants», accuse Amnesty dans son rapport. La situation est identique au Liberia voisin, dans une moindre mesure. Selon le document, les Civil defence forces, loyales au président sierra-léonais Ahmad Tejan Kabbah, qui combattaient aux côtés de l’Ecomog au Liberia, se sont elles aussi rendues responsables de telles atteintes. Au Tchad, «la situation en matière de droits de l’homme s’est encore aggravée, des centaines de personnes ayant été tuées arbitrairement et sans discrimination par les forces de sécurité», poursuit le rapport. Et au Kenya, «des personnes qui s’étaient montrées critiques à l’égard du gouvernement», parmi lesquelles des militants en faveur des droits de l’homme et des journalistes, «ont été arrêtées, maltraitées et harcelées par les autorités». «Plus de 50 prisonniers sont morts en détention», rapporte Amnesty. Dans au moins 33 pays du continent africain, des prisonniers ont été victimes en 1998 de tortures ou d’autres formes de mauvais traitements, et certains en sont morts, accuse l’organisation. Elle cite notamment l’exemple de la Guinée, du Sénégal et de la Guinée-Bissau. Les violations des droits de l’homme continuent en Afrique du Sud cinq ans après la fin de l’apartheid et on signale encore de nombreux décès dans les locaux de la police. Amnesty signale de nombreux rapports de mauvais traitements, de torture et d’assassinats par les membres des forces de sécurité. 607 décès de personnes détenues par la police ont été enregistrés pour les dix premiers mois de 1998, la plupart dans les provinces de Gauteng et du KwaZulu-Natal. Amnesty considère cependant comme positive la décision de la Cour constitutionnelle de refuser que l’homosexualité soit considérée comme un crime alors qu’au Zimbabwe, le régime du président Robert Mugabe continue à harceler les homosexuels.
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