La droite a implosé en France aux européennes, à rebours des autres pays de l’Union européenne, désarmant le président gaulliste Jacques Chirac dans son duel avec le Premier ministre socialiste Lionel Jospin. «Balkanisation», «Bérézina», la presse rivalise lundi de métaphores ravageuses pour décrire une opposition de droite en déroute, émiettée comme jamais depuis le début de la Ve République, en 1958. Sa divison est si grande, avec la descente aux enfers de la liste pro-Chirac, battue par une liste souverainiste anti-Chirac, que la victoire, non sans ambiguïtés, de la gauche plurielle est passée au second plan. Au terme d’une élection où l’Europe n’aura été qu’une pâle figurante, la liste conduite par le patron du Parti socialiste (PS), François Hollande, lieutenant de Lionel Jospin, l’emporte avec 21,9 %, selon les chiffres officiels provisoires. Provoquant la stupéfaction, c’est le duo souverainiste, autrement dit antieuropéen, de Charles Pasqua, ténor gaulliste dissident, et Philippe de Villiers qui arrive en second, avec 13 %. Distancée à 12,7 % par quelques petites mais humiliantes fractions, suit la liste estampillée Chirac conduite par Nicolas Sarkozy, patron par intérim du Rassemblement pour la République (RPR), parti néo-gaulliste fondé il y a vingt ans par le chef de l’État. Le courant fédéraliste du centriste François Bayrou prend en tenailles le RPR, avec un inespéré 9,29 %. Il voit son rêve se rapprocher d’en finir avec la traditionnelle hégémonie des gaullistes sur l’opposition. Quel que soit le succès historique des Verts, grâce à l’effet Cohn-Bendit, qui avec 9,7 % surclassent de trois points les communistes, il reste à gauche un parti dominant, incontesté, c’est le parti socialiste. Arrivé au pouvoir par surprise, grâce à une dissolution ratée de l’Assemblée en 1997 par le président Chirac, le parti de Lionel Jospin conforte son emprise, à la différence des partis sociaux-démocrates en Europe. À Paris, fief gaulliste depuis le temps où Jacques Chirac en fut le maire, la gauche obtient aussi une majorité historique de 41,8 % contre 40,2 % à la droite républicaine. Plus d’un électeur sur deux – 52,9 %, un record absolu – a déserté les urnes relativisant le résultat d’un scrutin qui prend cependant valeur de test avant la grande épreuve présidentielle prévue en 2002. C’est l’avant-dernier rendez-vous électoral avant l’affrontement annoncé entre le gaulliste Chirac et le socialiste Lionel Jospin, qui cohabitent par force et sans goût, dans l’atteinte de pouvoir gouverner, seul, le pays. Pour M. Jospin, il faudra conserver une bonne image dans l’opinion, ce qui n’est pas acquis, et gérer les tensions qui ne manqueront pas dans la majorité entre écologistes et communistes, ce qui ne sera pas simple tous les jours. Pour Jacques Chirac, le problème semble plus grave et ardu : que faire pour réunifier une droite scindée en trois composantes manifestement décidées à s’entretuer, en plus des haines personnelles ? À cette question, la presse ne trouve aujourd’hui guère de réponses. «Sa chance, note cependant le quotidien de gauche Libération, c’est qu’il est maître du calendrier et peut encore attendre trois ans pour se refaire». L’extrême gauche obtient également pour la première fois des députés européens. Le tandem trotskiste Arlette Laguillier et Alain Krivine a franchi, d’extrême justesse (5,2 %), la barre des 5 % qui donne droit à une représentation à Strasbourg. Victime de son duel fratricide, l’extrême droite totalise moins de 10 %, la liste Le Pen (FN) réalisant moins de 6 %, alors que celle de Bruno Mégret (MN) échoue avec moins de l3,5 %. C’est la première fois depuis les européennes de 1994 (10,5 %) que l’extrême droite n’atteint pas la barre des 15 %.
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